Ambulanciers en uniforme :  une décision qui pourrait coûter cher aux services des urgences suisses  

Une nouvelle règle militaire provoque une vive inquiétude dans le monde des secours suisses. Les ambulanciers doivent désormais reprendre le chemin de l’armée, au risque de fragiliser davantage un secteur déjà sous pression.

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Ambulanciers en uniforme : une décision qui pourrait coûter cher aux services des urgences suisses ; Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Les services d’urgence suisses font face à un nouveau défi alors que leurs effectifs sont déjà sous tension. Depuis juin, les ambulanciers ne bénéficient plus de l’exemption militaire qui leur permettait de rester pleinement disponibles pour les secours. 

Cette décision, destinée à renforcer les rangs de l’armée, suscite de nombreuses critiques dans le secteur médical. Les professionnels craignent que cette mesure n’aggrave encore la pénurie de personnel qualifié. 

Une exemption supprimée pour renforcer l’armée

Les ambulanciers suisses doivent désormais, eux aussi, effectuer leur service militaire.

Depuis le 1er juin, une nouvelle ordonnance a mis fin à l’exemption dont bénéficiaient ces professionnels de santé. Jusqu’ici, ils étaient dispensés afin de garantir la disponibilité permanente des services d’urgence et d’assurer la sécurité de la population.

Cette exception avait été instaurée en raison du rôle essentiel joué par les ambulanciers dans le système de secours. Leur absence temporaire pouvait en effet affecter directement la capacité des services d’urgence à intervenir rapidement.

La décision du ministre de la Défense Martin Pfister vise toutefois un autre objectif : renforcer les effectifs de l’armée suisse et préserver le fonctionnement du système de milice.

Le Conseil fédéral estime que trop nombreuses exemptions risqueraient de fragiliser durablement l’armée. « De nombreuses personnes sont tout aussi indispensables dans la société civile qu’au sein de l’armée », a-t-il expliqué dans sa réponse à une intervention parlementaire, relate Blick.

Les services de secours alertent sur un manque déjà critique

Dans le secteur des urgences, cette décision provoque de fortes inquiétudes. L’association faîtière des services médicaux d’urgence (IAS) rappelle que la Suisse manque déjà actuellement de 132 ambulanciers.

Selon son directeur général Roman Burkart, la nouvelle obligation militaire pourrait accentuer cette pénurie. Près d’un tiers des ambulanciers masculins ont moins de 35 ans et sont donc encore concernés par l’obligation de servir.

Les organisations du secteur estiment que cette mesure pourrait entraîner la perte de 10 à 15 % des effectifs, soit environ 50 à 75 postes à temps plein.

Pour les services d’urgence, la situation est déjà tendue. Les équipes doivent composer avec une charge de travail importante, des difficultés de recrutement et des remplacements parfois compliqués.

Les responsables craignent donc que la réduction temporaire des effectifs n’ait des conséquences sur l’organisation quotidienne des secours, notamment lors des périodes de forte activité.

Un risque pour la prise en charge des urgences

Les professionnels du secteur ne prévoient pas forcément une incapacité immédiate à gérer les interventions les plus graves. Mais ils avertissent que les conséquences pourraient se faire sentir dans certaines situations où plusieurs urgences surviennent en même temps.

Romuald Cretin, président de la Conférence des associations des services de secours professionnels, estime que les cas moins prioritaires pourraient être davantage affectés. Une ambulance disponible pour une intervention comme une fracture de la hanche pourrait ainsi devoir être réorientée vers une urgence plus critique.

Les associations craignent donc une dégradation progressive de la capacité de réponse des services de secours.

Le Conseil fédéral maintient sa position

Malgré les critiques, le gouvernement suisse ne prévoit pas de revenir sur cette mesure. Il affirme appliquer des décisions déjà prises par le Parlement, avec une volonté de rendre les règles d’exemption plus restrictives dans le domaine de la santé et des services de secours.

Selon le Conseil fédéral, l’objectif est de garantir suffisamment de soldats pour les fonctions essentielles de l’armée et d’appliquer des règles similaires entre les différents métiers.

Les opposants contestent toutefois cette justification. Ils estiment que l’impact sur les effectifs militaires resterait limité, tandis que les conséquences pour les services d’urgence pourraient être importantes.

Le débat oppose donc deux impératifs. Renforcer les capacités de l’armée suisse tout en préservant un système de secours déjà confronté à une pénurie de personnel.

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