87 décollages de jets privés par jour en moyenne : c’est le chiffre avancé par Solidar Suisse pour le trafic suisse. Rapporté aux 24 heures d’une journée, cela représente un départ toutes les 17 minutes environ. Ce rythme moyen donne une mesure de la place occupée par l’aviation de luxe dans le pays.
L’association a publié ses données à l’occasion du nouveau rapport d’Oxfam, « Disaster Divide ». Les deux organisations dénoncent le poids climatique des plus grandes fortunes et demandent aux gouvernements de les faire davantage contribuer.
Par habitant, la Suisse dépasse largement l’Allemagne
En 2025, la Suisse a enregistré 5,5 fois plus de décollages de jets privés par habitant que l’Allemagne, indique Solidar Suisse. Ramené à la population, le trafic suisse dépasse donc largement celui de son voisin.
L’Allemagne représente elle-même un volume important. Plus de 55’000 départs de jets privés y ont été recensés l’an dernier, pour plus de 182’000 tonnes de CO₂, d’après les chiffres d’Oxfam relayés par Blick.
Ces comparaisons servent aux ONG à illustrer les fortes différences d’empreinte carbone entre les modes de vie. L’aviation privée, utilisée par une très petite partie de la population mondiale, occupe une place centrale dans leur critique du luxe polluant.
16 millions de tonnes de CO₂ à l’échelle mondiale
En 2025, les jets privés ont émis environ 16 millions de tonnes de CO₂ dans le monde, selon l’analyse d’Oxfam. L’organisation estime qu’environ 250’000 personnes utilisent ces appareils.
Pour donner une mesure de cet écart, elle propose une comparaison : l’ensemble des jets privés du monde émet, en deux secondes, davantage de CO₂ qu’une personne de la moitié la plus pauvre de l’humanité en une année, en moyenne.
Oxfam met ainsi en relation les émissions de cette minorité avec celles des populations qui disposent de bien moins de moyens pour se protéger des conséquences du réchauffement. Logements détruits, récoltes perdues ou économies épuisées : ces dommages peuvent fragiliser durablement les ménages les plus modestes, souligne l’ONG.
La finance suisse également mise en cause
Solidar Suisse s’intéresse aussi aux investissements. L’association indique que les institutions financières suisses détiennent ou gèrent quelque 126,9 milliards de dollars de titres d’entreprises liées au charbon, au pétrole et au gaz.
Elle souligne également le rôle du pays dans le commerce international des matières premières. À ses yeux, ces activités et les placements financiers relient étroitement la Suisse à des modèles économiques fortement émetteurs.
L’empreinte dénoncée dépasse ainsi les trajets des passagers. Les ONG demandent aussi d’agir sur les investissements et les activités économiques qui alimentent les émissions.
Faire davantage contribuer les grandes fortunes
Oxfam réclame une taxation renforcée des plus riches. Dans ses propositions, l’organisation vise notamment les fortunes et les revenus élevés, les entreprises du secteur fossile ainsi que les biens de luxe très émetteurs, dont les jets privés.
En Suisse, Solidar Suisse adresse ses demandes au Conseil fédéral. Elle souhaite taxer davantage les émissions particulièrement élevées et les activités de luxe les plus néfastes pour le climat.
Pour les entreprises et les acteurs financiers, l’association réclame également davantage de transparence sur les émissions et les investissements fossiles, accompagnée d’obligations de réduction.








