Olivia et Mattia ont le même âge, mais leur assurance complémentaire ne leur coûte pas le même prix. Leur mère, Cristina, le découvre en regardant le détail de sa facture : la prime de sa fille est plus élevée que celle de son fils.
Elle pense d’abord à une erreur. Au téléphone, son assurance lui explique pourtant que cette différence repose sur des statistiques. Puis viennent deux arguments inattendus pour une enfant de neuf ans : les frais de maternité et de gynécologie.
Un couple constate aussi 11 % d’écart
Cristina n’est pas la seule à s’interroger. Lise et son conjoint ont également comparé leurs primes et relevé un écart de 11 %, en faveur de monsieur. Là encore, l’explication donnée renvoie à la grossesse.
« On me dit que les frais de grossesse ne doivent pas être reportés sur les hommes », raconte Lise dans l’enquête de la RTS. Une réponse qu’elle accueille avec indignation. Pour ces assurées, le détail de la facture révèle ainsi une différence de traitement qu’elles n’avaient pas forcément repérée auparavant.
Cette tarification fondée sur le sexe s’applique donc dès l’enfance dans les cas relevés par l’enquête. Les jumeaux de Cristina en donnent une illustration.
CSS et Helsana défendent leurs calculs
Sollicitées par la RTS, les deux compagnies concernées ont refusé les interviews proposées, mais transmis leurs explications par écrit. Elles assument cette distinction dans le calcul des primes.
CSS indique fixer ses tarifs en fonction des prestations qu’elle prévoit de rembourser. L’assureur présente cette méthode comme une estimation fondée sur les dépenses attendues, et non comme un jugement porté sur les personnes.
Helsana met, de son côté, en avant les différences de risques entre groupes d’assurés. Les deux réponses reposent donc sur la même logique : les coûts anticipés ne seraient pas identiques, ce qui justifierait des primes différentes.
Avant 15 ans, les garçons coûtent pourtant davantage
Les chiffres cités dans le reportage apportent un éclairage sur ce raisonnement. D’après les données de l’Office fédéral de la santé publique, les frais de santé se sont élevés l’an dernier à 6’256 francs en moyenne pour un homme, contre 6’735 francs pour une femme.
Mais cette moyenne masque des écarts importants selon l’âge. Avant 15 ans, les garçons coûtent en moyenne 8 % de plus que les filles aux assurances maladie. Après 50 ans, les dépenses des hommes dépassent également celles des femmes, d’environ 1 %.
C’est entre 15 et 49 ans que les frais féminins deviennent nettement plus élevés. La maternité intervient dans cet écart, que la plupart des assureurs interrogés font supporter aux femmes dans leurs complémentaires, à tous les âges.
Swica fait le choix d’un calcul commun
Swica se démarque dans cette enquête. Seule compagnie à avoir accepté une interview, elle explique considérer les coûts des femmes et des hommes comme comparables sur l’ensemble d’une vie.
Yann Escher, directeur de Swica Genève, défend un calcul qui mélange les différents âges pour répartir les dépenses. Il y voit une manière d’assurer une véritable solidarité dans les primes, plutôt que de reporter le coût de la maternité uniquement sur les femmes.
Cette différence de tarification selon le sexe est possible dans les complémentaires suisses. L’assurance maladie obligatoire de base obéit à une autre règle : elle interdit de distinguer les primes entre femmes et hommes.








