Pour ses défenseurs, cette baisse permettrait de redonner du pouvoir d’achat aux ménages et de rendre Vaud plus attractif. Pour ses opposants, elle représenterait un manque à gagner trop important pour les finances publiques et profiterait surtout aux contribuables les plus aisés.
Derrière ce duel d’arguments se cache un débat plus large : faut-il alléger la pression fiscale ou préserver les moyens de l’État pour financer ses prestations ?
Les promoteurs veulent rendre du pouvoir d’achat aux Vaudois
L’initiative a été lancée par plusieurs organisations économiques, dont la Fédération patronale vaudoise, la Chambre immobilière ainsi que la Chambre vaudoise du commerce et de l’industrie.
Leur objectif est clair : réduire de 12% l’impôt cantonal sur le revenu et sur la fortune.
Les initiants estiment que Vaud fait partie des cantons où la pression fiscale est la plus élevée en Suisse, notamment pour la classe moyenne. Ils soulignent que, depuis 2008, le canton aurait fortement augmenté la charge fiscale pesant sur ses contribuables.
Selon eux, la comparaison avec Zurich est particulièrement révélatrice. Pour certains profils similaires, un contribuable vaudois pourrait payer jusqu’à deux fois plus d’impôts cantonaux que son voisin zurichois.
Les défenseurs du texte estiment également que l’État dispose de réserves importantes, évaluées à environ 3,2 milliards de francs, et que ses recettes continuent de progresser.
Pour eux, cette baisse fiscale permettrait aux habitants de mieux absorber l’augmentation du coût de la vie, notamment les primes d’assurance maladie et les loyers.
Ils avancent aussi un argument économique : une fiscalité plus attractive pourrait renforcer la compétitivité du canton et encourager l’installation de nouveaux contribuables et entreprises.
Une facture de 272 millions pour le canton
Le principal débat porte sur l’impact financier de cette réforme. Selon les estimations du gouvernement vaudois relayées par 20Minutes, une baisse de 12% représenterait une diminution des recettes fiscales d’environ 272 millions de francs par an, soit près de 2% du budget cantonal.
Les initiants considèrent toutefois que cette perte peut être absorbée grâce aux réserves disponibles et à une meilleure gestion des dépenses publiques.
Ils estiment qu’il n’est pas nécessaire de réduire les prestations publiques et accusent l’État de laisser progresser certaines dépenses trop rapidement.
Concrètement, l’effet dépendrait fortement du profil des contribuables. Une personne payant actuellement 15’500 francs d’impôt cantonal sur le revenu économiserait environ 1860 francs par année avec une baisse de 12%.
Les opposants dénoncent un avantage pour les plus riches
À gauche, l’initiative est vivement combattue. Les opposants estiment que le mécanisme favoriserait principalement les personnes disposant des revenus et patrimoines les plus élevés. Leur argument principal : plus un contribuable paie d’impôts aujourd’hui, plus la réduction obtenue serait importante.
Selon leurs calculs, une grande partie de la baisse de l’impôt sur la fortune profiterait aux contribuables les plus fortunés. Ils citent notamment l’exemple d’une personne gagnant 450’000 francs par an, qui pourrait économiser environ 5100 francs, alors qu’une famille avec deux enfants bénéficierait d’une réduction beaucoup plus limitée.
Les syndicats et les partis de gauche craignent également que le canton perde des moyens pour financer les services publics, dans un contexte où les budgets affichent déjà des déficits depuis plusieurs années.
Ils redoutent notamment des conséquences sur les aides sociales, la santé ou d’autres prestations destinées à la population.
Le Conseil d’État préfère une baisse plus progressive
Le gouvernement vaudois recommande également de rejeter l’initiative. Il estime que la réduction proposée est trop importante et difficilement compatible avec la situation financière actuelle du canton.
Le Conseil d’État défend plutôt son propre « Plan pouvoir d’achat », qui prévoit une baisse de 7% de l’impôt cantonal sur le revenu dès 2027. Selon lui, accepter une réduction supplémentaire de 272 millions de francs obligerait l’État à revoir certaines dépenses à la baisse. Le Grand Conseil s’est déjà prononcé contre le texte, avec 91 voix contre et 31 pour.
Du côté des partis politiques, le clivage reste marqué. La gauche s’oppose largement à l’initiative, tandis que l’UDC la soutient. Les formations du centre et le PLR sont davantage divisés.
Le 27 septembre, les Vaudois devront donc choisir entre deux visions opposées. Moins d’impôts pour laisser davantage d’argent aux contribuables, ou davantage de ressources pour préserver les capacités financières de l’État.








