Harcèlement moral et licenciements abusifs en hausse dans les entreprises suisses 

Harcèlement, licenciements contestés, certificats de travail : les tensions entre salariés et employeurs semblent gagner du terrain en Suisse.

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Harcèlement moral et licenciements abusifs en hausse dans les entreprises suisses : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Les tensions sur le lieu de travail prennent de l’ampleur en Suisse. Selon AXA-ARAG, les litiges relevant du droit du travail ont augmenté en 2025 dans plusieurs domaines sensibles. 

Les cas liés au devoir d’assistance des employeurs, qui incluent notamment le harcèlement moral, affichent la plus forte progression. Les conflits autour des licenciements connaissent eux aussi une nette hausse.

Harcèlement moral et devoir d’assistance en forte hausse

Le chiffre le plus marquant concerne les manquements au devoir d’assistance. AXA-ARAG indique avoir enregistré une hausse de 36% dans ce domaine en 2025, relate la RTS. Cette notion recouvre les situations dans lesquelles un employeur ne protège pas suffisamment la santé, la personnalité ou l’intégrité de ses collaborateurs.

Cela peut notamment concerner des cas de harcèlement moral, de pression excessive, de conflits internes mal gérés ou d’atteintes à la dignité au travail. En droit suisse, l’employeur a l’obligation de protéger la personnalité de ses employés et de prendre les mesures nécessaires pour préserver leur santé.

L’augmentation de ces dossiers traduit donc un climat plus tendu dans certaines entreprises. Elle ne signifie pas forcément que toutes les plaintes aboutissent à une condamnation, mais elle montre que davantage de salariés demandent une aide juridique lorsqu’ils estiment que leur situation professionnelle devient problématique.

Les licenciements contestés progressent aussi fortement. Selon AXA-ARAG, les litiges liés aux licenciements ont augmenté de 26% en 2025. Le droit suisse permet en principe à un employeur de résilier un contrat de travail assez librement, mais cette liberté a des limites.

Un licenciement peut être considéré comme abusif lorsqu’il viole le principe de la bonne foi. Cela peut être le cas, par exemple, lorsqu’un congé est motivé par une activité syndicale, par l’exercice d’un droit constitutionnel ou par l’accomplissement d’une obligation légale comme le service militaire.

Dans ce type de situation, les tribunaux peuvent accorder une indemnité pouvant atteindre jusqu’à six mois de salaire. L’enjeu financier peut donc être important pour les employeurs comme pour les salariés.

Les certificats de travail provoquent également davantage de tensions. Les demandes de conseil juridique sur ce sujet ont augmenté de 14%, notamment lorsque les salariés contestent des formulations jugées négatives, inexactes ou trop ambiguës. En Suisse, le certificat de travail doit refléter la réalité, mais il doit aussi être rédigé de manière bienveillante.

Syndicats et patronat ne lisent pas les chiffres de la même manière

L’interprétation de ces hausses divise. L’Union patronale suisse relativise les chiffres publiés par AXA-ARAG. Selon elle, ces statistiques montrent surtout une augmentation des litiges signalés à une assurance de protection juridique, et non une hausse prouvée des fautes commises par les employeurs. Pour les représentants patronaux, le nombre de condamnations judiciaires reste un indicateur plus solide que le nombre de demandes déposées.

Cette réserve est importante. Une personne qui sollicite son assurance juridique n’a pas forcément raison sur le fond. Certains dossiers peuvent être réglés à l’amiable, d’autres abandonnés, et tous ne finissent pas devant un tribunal.

Les syndicats, eux, confirment une tendance plus profonde à la hausse des conflits au travail. L’Union syndicale suisse observe cette évolution depuis trois à quatre ans. Elle cite notamment l’essor du télétravail comme un facteur possible. Lorsque les équipes se voient moins souvent en personne, certains conflits peuvent s’envenimer plus facilement ou être moins vite désamorcés.

Les services juridiques syndicaux constatent aussi, selon leurs retours, une moindre volonté de chercher des solutions. Le dialogue social semble parfois plus difficile, surtout dans un contexte de pression accrue sur les performances, de restructurations et d’incertitudes économiques.

Unia relève de son côté que les salariés qui défendent leurs droits craignent parfois de perdre leur emploi. Le syndicat évoque depuis plusieurs années un nombre élevé de licenciements abusifs et observe une hausse des signalements liés au stress, au harcèlement moral ou au harcèlement sexuel.

Ces témoignages s’inscrivent dans un marché du travail en mutation. Télétravail, réorganisations, pression sur les coûts, pénurie de personnel dans certains secteurs et crainte des suppressions de postes peuvent alimenter les tensions.

Le point commun de ces dossiers reste la difficulté à traiter les problèmes assez tôt. Un conflit ignoré, un certificat mal rédigé, un management brutal ou une procédure de licenciement mal conduite peuvent rapidement se transformer en litige juridique.

Dans les entreprises, le signal est clair : les conflits internes coûtent du temps, de l’argent et de la confiance. Et en 2025, ils semblent avoir nettement gagné du terrain.

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