La forte progression du solaire en Suisse commence à créer de nouveaux défis pour le réseau électrique national. Lors des journées très ensoleillées, les excédents d’électricité photovoltaïque deviennent désormais suffisamment importants pour provoquer des périodes de prix négatifs sur le marché de l’électricité.
Face à cette situation, le Conseil fédéral a décidé de modifier les règles encadrant la rémunération des producteurs afin d’encourager davantage le stockage et la consommation directe de l’énergie solaire. Ces nouvelles dispositions entreront en vigueur dès le 1er juillet et s’inscrivent dans un contexte où la Suisse accélère sa transition énergétique tout en cherchant à maintenir l’équilibre du réseau.
Le Conseil fédéral veut réduire les injections massives d’électricité solaire
Le gouvernement suisse a adopté mercredi une modification d’ordonnance visant à limiter l’injection excessive d’électricité solaire dans le réseau lors des pics de production.
L’idée est de favoriser une utilisation plus directe de l’énergie produite ou son stockage temporaire plutôt que son envoi systématique sur le réseau durant les périodes fortement ensoleillées.
La nouvelle réglementation précise aussi la manière dont les producteurs seront rémunérés lorsqu’aucun accord n’est trouvé avec les gestionnaires de réseau concernant la rétribution de l’électricité injectée. Dans cette situation, la rémunération correspondra désormais au prix du marché au moment exact de l’injection.
Le Conseil fédéral explique que les excédents d’électricité sont devenus plus fréquents avec la multiplication des installations photovoltaïques dans le pays. Cette hausse rapide de la production solaire entraîne un nombre croissant d’heures où les prix de l’électricité passent sous zéro sur les marchés.
Concrètement, lorsque l’offre dépasse largement la demande disponible, les producteurs peuvent être confrontés à des prix négatifs, ce qui réduit fortement la rentabilité de certaines injections d’électricité.
Le gouvernement précise toutefois que les rémunérations minimales accordées aux producteurs disposant d’installations de moins de 150 kilowatts resteront inchangées malgré cette réforme.
Cette évolution illustre les nouvelles contraintes liées au développement des énergies renouvelables. Si la Suisse poursuit l’extension du solaire, la gestion des surplus d’électricité devient désormais un enjeu technique et économique majeur.
Le stockage de l’énergie apparaît ainsi comme une solution de plus en plus stratégique afin de mieux répartir la consommation électrique dans le temps et d’éviter les déséquilibres du marché.
Les acteurs du solaire réclament davantage de données et de flexibilité
L’association Swissolar, qui représente les professionnels de l’énergie solaire en Suisse, estime que ces nouvelles règles devront s’accompagner d’un meilleur accès aux données du marché.
Dans un communiqué, l’organisation explique que les exploitants d’installations photovoltaïques doivent pouvoir consulter facilement les prix de l’électricité afin d’adapter leur consommation, leur stockage ou leurs injections sur le réseau, relate Blick.
Swissolar demande notamment que l’Office fédéral de l’énergie publie les prix de l’électricité du lendemain pour le marché suisse. L’association souhaite également la mise en place d’une interface de données librement accessible permettant une consultation automatisée des prix.
Selon Swissolar, ces outils seront indispensables pour permettre aux producteurs de tirer pleinement parti du nouveau modèle de rémunération prévu pour 2027.
Le phénomène des prix négatifs devient en effet de plus en plus visible en Suisse. À l’été 2024, l’énergéticien Axpo indiquait déjà à l’agence économique AWP que le nombre d’heures avec des prix négatifs était passé de moins de 100 heures par an auparavant à plus de 200 heures sur l’année concernée.
Repower, autre acteur du secteur énergétique, estime de son côté que la situation risque encore de se dégrader tant qu’il ne sera pas possible d’arrêter temporairement certaines grandes installations photovoltaïques ou de réutiliser l’électricité excédentaire pour d’autres usages.
Dans le même temps, le Conseil fédéral a adopté d’autres modifications réglementaires dans le domaine de l’énergie. Il a notamment décidé de supprimer l’obligation d’apposer une étiquette énergétique sur les machines à café vendues en Suisse, estimant que cette exigence ne correspondait plus à la réglementation européenne actuelle.








