Les évolutions récentes du secteur bancaire américain ravivent les inquiétudes autour d’un possible retour des crises financières globales. Dans ce contexte, UBS, première banque suisse, se retrouve en première ligne en raison de son expansion stratégique aux États-Unis.
Entre dérégulation outre-Atlantique et durcissement des règles en Suisse, l’établissement navigue dans un environnement de plus en plus contrasté. Cette situation soulève des questions sur les risques pris par les grandes banques et sur la capacité des autorités à prévenir un nouveau choc systémique.
Une stratégie américaine sous tension entre dérégulation et contraintes suisses
UBS a récemment franchi une étape majeure dans son développement aux États-Unis en obtenant une licence bancaire complète. Cette autorisation lui permet désormais d’opérer sur l’ensemble du territoire américain comme un acteur local, un levier clé pour renforcer sa présence sur un marché jugé prioritaire par son directeur général Sergio Ermotti. Depuis plusieurs années, la banque affiche clairement ses ambitions internationales, avec un accent particulier sur les États-Unis, où se concentre une part importante de la richesse mondiale.
Mais cette expansion intervient à un moment délicat. En Suisse, le Conseil fédéral travaille sur une révision de la loi sur les banques, souvent désignée sous le nom de «Lex UBS». Le projet prévoit notamment d’imposer à la banque de couvrir intégralement ses filiales étrangères avec des fonds propres durs. Une telle exigence augmenterait significativement les besoins en capital du groupe et pourrait freiner certaines stratégies de croissance à l’étranger.
Au même moment, les États-Unis suivent une trajectoire opposée. L’administration de Donald Trump a engagé un vaste mouvement de dérégulation du secteur bancaire. Plusieurs mesures d’assouplissement sont déjà en place, et d’autres pourraient entrer en vigueur d’ici début 2027, notamment une réduction des exigences en fonds propres. Les autorités de surveillance pourraient également voir leurs moyens et leur influence réduits.
Selon le cabinet Alvarez & Marsal, cette politique pourrait libérer jusqu’à 2600 milliards de dollars de capacité de crédit pour les banques américaines, relate Blick. Cette perspective ouvre des opportunités importantes, mais intensifie aussi la concurrence. Pour rester dans la course, UBS pourrait être poussée à proposer des conditions plus attractives, notamment en matière de taux ou de financement, avec à la clé une prise de risque potentiellement plus élevée.
Le spectre d’une crise financière et les mises en garde des experts
Cette dynamique inquiète plusieurs spécialistes, dont Marc Chesney, professeur émérite de mathématiques financières à l’Université de Zurich. Il établit un parallèle direct avec les périodes ayant précédé les crises financières passées. «Trump fait tout pour provoquer la prochaine crise», affirme-t-il, évoquant un enchaînement de facteurs déjà observés avant la crise de 2007 ou celle liée à la Silicon Valley Bank en 2023.
Le développement du «shadow banking», un secteur financier moins encadré, concentre une partie des préoccupations. Ce segment englobe notamment les activités de crédit privé, où des fonds accordent des prêts à des entreprises en s’appuyant eux-mêmes sur des financements bancaires. Ce système crée un effet de levier important, augmentant à la fois les rendements potentiels et les risques. UBS est active dans ce domaine, ce qui alimente les critiques.
D’autres signaux préoccupants émergent. Selon Reuters, certaines banques proposent désormais des produits permettant de parier sur le défaut de ces crédits privés. Ce type de mécanisme rappelle des pratiques observées avant la crise financière de 2008. À cela s’ajoutent les volumes importants de crédits hypothécaires titrisés dans l’immobilier commercial, un secteur exposé à des risques de défaillance élevés.
Le système de rémunération du secteur bancaire est également pointé du doigt. Les bonus liés à ces activités peuvent encourager une prise de risque accrue. Pour Marc Chesney, ce modèle agit comme un accélérateur dans un environnement déjà instable. Il souligne aussi que les grandes banques comme UBS bénéficient d’une garantie implicite de l’État, ce qui peut inciter à adopter des stratégies plus agressives. En cas de crise majeure, le coût pourrait retomber sur les finances publiques, comme ce fut le cas en 2008 lorsque UBS avait dû être soutenue par la Confédération.
Face à ces tensions, une question demeure centrale : UBS saura-t-elle maintenir une stratégie prudente axée sur la gestion de fortune, ou cédera-t-elle à la pression d’un marché américain plus risqué mais potentiellement plus rentable. Le débat autour de la «Lex UBS» et l’évolution de la régulation internationale pourraient jouer un rôle déterminant dans les choix futurs de la banque.








