La reconstruction de l’Ukraine s’impose progressivement comme l’un des plus grands chantiers économiques et humanitaires en Europe. Plus de quatre ans après le début de la guerre avec la Russie, les besoins du pays demeurent considérables dans de nombreux domaines, notamment l’énergie, les infrastructures et les services publics.
La Suisse entend prendre part à cet effort à travers un dispositif associant aide financière et participation du secteur privé. Dans cette perspective, le Conseil national a donné son feu vert à un accord qui doit permettre aux entreprises suisses de jouer un rôle plus important dans les projets de reconstruction ukrainiens.
Un accord approuvé par une large majorité pour renforcer la présence suisse en Ukraine
Les députés du Conseil national ont adopté lundi un accord bilatéral entre la Suisse et l’Ukraine par 148 voix contre 9. Le texte doit désormais être examiné par le Conseil des États, dernière étape parlementaire avant sa mise en œuvre.
Cet accord formalise un engagement déjà conclu entre les deux pays l’année précédente. Son objectif est de fournir le cadre juridique nécessaire à la participation des entreprises suisses aux programmes de reconstruction financés par la Confédération. Le dispositif prévoit une aide financière non remboursable et laisse aux autorités ukrainiennes le soin d’identifier les biens et services dont elles ont besoin.
Cette approche vise à répondre aux besoins concrets du terrain tout en permettant aux entreprises helvétiques de mettre leur expertise à disposition des autorités ukrainiennes. Selon le communiqué publié sur le portail du Conseil fédéral, il s’agit d’un mécanisme pensé pour s’adapter aux priorités définies directement par Kiev.
Le secteur de l’énergie figure parmi les domaines où la contribution suisse pourrait être particulièrement recherchée. Lors du Forum économique mondial (WEF) de Davos cette année, le président de la Confédération Guy Parmelin a reçu des représentants ukrainiens une liste d’entreprises suisses actives dans ce secteur, rappelle Blick. Plusieurs d’entre elles disposent de compétences susceptibles d’être mobilisées dans le cadre de la remise en état des infrastructures énergétiques.
Cette question revêt une importance particulière pour l’Ukraine, qui a été confrontée à d’importantes pénuries d’électricité au cours de l’hiver. Les dégâts subis par certaines installations ont accru les besoins en équipements, en expertise technique et en solutions de modernisation.
Devant les parlementaires, Guy Parmelin a également souligné que le gouvernement ukrainien soutenait pleinement l’accord. Selon lui, le dispositif a été conçu de manière à éviter une concurrence directe avec les entreprises locales, un point considéré comme essentiel pour garantir que les investissements étrangers contribuent au développement économique du pays sans fragiliser les acteurs ukrainiens.
Cinq milliards de francs prévus jusqu’en 2036 et un cadre économique renforcé
La participation des entreprises privées constitue l’un des axes centraux du programme national suisse pour l’Ukraine couvrant la période 2025-2028. Dans ce cadre, la Confédération prévoit déjà un engagement financier de 1,5 milliard de francs destiné à soutenir différents projets liés à la reconstruction et au développement du pays.
Sur une période plus longue, l’effort financier annoncé est encore plus conséquent. Au total, 5 milliards de francs d’aide non remboursable sont prévus entre 2025 et 2036. Cette enveloppe doit permettre de financer des initiatives dans plusieurs secteurs stratégiques, avec une place importante accordée aux entreprises capables d’apporter des solutions techniques ou industrielles adaptées aux besoins ukrainiens.
Le projet n’a toutefois pas fait l’objet d’un consensus total sur tous ses aspects. Une partie de la gauche a tenté d’ajouter une condition supplémentaire afin de mieux protéger le marché ukrainien. Les élus concernés souhaitaient imposer le respect des recommandations internationales relatives à l’aide liée, estimant que cela permettrait d’éviter certains déséquilibres dans l’attribution des contrats.
Cette proposition a été rejetée par 118 voix contre 76. Guy Parmelin a estimé qu’une telle exigence irait à l’encontre de l’objectif recherché. Selon le ministre de l’Économie, elle transformerait des principes de référence en obligations juridiques contraignantes, modifiant profondément l’esprit de l’accord négocié entre les deux pays.
Les arguments du Conseil fédéral ont finalement convaincu une large majorité du Parlement, qui a choisi de maintenir le texte dans sa version initiale.
Dans le prolongement de ce vote, le Conseil national a également adopté à l’unanimité une actualisation de l’accord de libre-échange entre la Suisse et l’Ukraine. Cette révision vise à supprimer plusieurs obstacles techniques susceptibles de freiner les échanges commerciaux entre les deux pays.
Le Conseil des États avait déjà approuvé cette modification au mois de mars. Cette harmonisation doit faciliter les relations économiques bilatérales et accompagner les efforts de reconstruction en créant un environnement commercial plus fluide.








