En Suisse, la garde extrafamiliale des enfants a explosé ces dernières années, avec plus de deux tiers des enfants de moins de 13 ans pris en charge en dehors du cadre familial en 2024. Ce phénomène, largement répandu en Suisse romande, révèle des disparités importantes selon les régions et les niveaux de revenus.
Si la tendance montre une augmentation générale de l’usage des crèches et autres structures parascolaires, les inégalités sociales et géographiques demeurent bien présentes. En effet, plus les parents sont riches, plus ils ont recours à ces services, creusant ainsi les écarts entre les familles.
La hausse de la garde extrafamiliale : une tendance qui profite d’abord aux Romands
En Suisse, plus de 70 % des enfants de moins de 4 ans et 66 % des 4-12 ans ont été accueillis en dehors du cadre familial en 2024, selon l’Office fédéral de la statistique (OFS). Cette évolution est particulièrement marquée en Suisse romande, où les parents sont plus enclins à faire appel à des structures de garde extrafamiliale. Genève est en tête, avec 83,8 % des enfants de moins de 13 ans placés dans une crèche ou une structure parascolaire au moins une fois par semaine, suivie par le Valais (82,6 %) et Vaud (80,8 %). D’autres cantons romands comme Fribourg et le Jura enregistrent des taux supérieurs à 70 %, bien supérieurs à ceux observés dans d’autres régions.
Les raisons de cette prévalence de la garde extrafamiliale en Suisse romande sont multiples, mais l’offre abondante de services de qualité en est un facteur clé. En effet, les Romands bénéficient d’une meilleure couverture en termes de crèches et autres structures de garde parascolaire, permettant ainsi une plus grande accessibilité à ces services. À l’inverse, dans les cantons alémaniques, en particulier dans les zones rurales, la tendance s’inverse. Dans ces régions, les grands-parents jouent un rôle de plus en plus central, gardant leurs petits-enfants au moins une fois par semaine dans 32 % des cas, un chiffre qui grimpe à 40 % pour les enfants de moins de 4 ans.
Cette disparité géographique montre bien que l’accès à la garde extrafamiliale est étroitement lié à la disponibilité de services dans certaines régions. Les grandes villes comme Zurich voient une augmentation de l’utilisation de ces services, mais dans les cantons plus isolés, les familles doivent se tourner vers des solutions informelles, notamment les grands-parents. Cette tendance reflète les inégalités d’infrastructures qui persistent dans certaines zones rurales, où la garde professionnelle est moins accessible.
Une inégalité marquée selon le revenu des parents
Un autre aspect qui ressort des données de l’OFS est l’influence des revenus familiaux sur l’accès à la garde extrafamiliale. Les ménages les plus riches sont les plus enclins à utiliser ces services pour leurs enfants. En effet, près de 84 % des familles avec des revenus élevés placent leurs enfants dans des crèches ou des structures parascolaires au moins une fois par semaine. À l’inverse, seulement 48 % des ménages les plus modestes font appel à ce type de garde.
Cette disparité révèle un fossé socio-économique important dans l’accès à des services de qualité pour les jeunes enfants, relate 20Min. Les familles plus aisées peuvent se permettre de payer pour des structures de garde, ce qui leur permet de concilier vie professionnelle et familiale, et de bénéficier d’un soutien dans l’éducation et le développement de leurs enfants. Les familles à revenus plus modestes, quant à elles, se retrouvent souvent contraintes de s’en remettre à des solutions moins formelles, comme la garde par les grands-parents ou d’autres membres de la famille, ou n’ont tout simplement pas les moyens d’accéder à ces services.
Les familles à faibles revenus sont également moins enclines à confier leurs enfants aux grands-parents, ce qui témoigne d’un manque d’infrastructure de soutien et d’un réseau familial plus restreint. Ces inégalités d’accès à la garde extrafamiliale renforcent les fractures sociales, limitant les opportunités pour certains enfants tout en en offrant davantage à d’autres. En cela, le système de garde extrafamiliale semble à la fois être une solution pratique pour les familles actives et un facteur d’accentuation des inégalités entre les différentes catégories sociales.








