« On lui reproche de surperformer » : un salarié licencié parce qu’il travaillait trop, il obtient près de 15 000 euros aux prud’hommes

Son employeur estimait que ses performances exceptionnelles pénalisaient ses collègues.

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« On lui reproche de surperformer » : un salarié licencié parce qu'il travaillait trop, il obtient près de 15 000 euros aux prud'hommes - Crédit : Adobe Stock | Econostrum.info

Un licenciement pour le moins inhabituel a opposé un salarié et son entreprise. Alors qu’il affichait des performances largement supérieures aux objectifs fixés, un modérateur employé dans une société spécialisée dans la mise en relation entre médecins et patients a été licencié pour faute simple en février 2023. Son employeur lui reprochait notamment de « surperformer » au point de perturber les résultats de ses collègues.

L’affaire, racontée par Anthony Coursaget, avocat en droit du travail à Paris, au Journal du Net, concerne un salarié sanctionné non pas pour insuffisance professionnelle, mais pour une efficacité jugée problématique par son entreprise. En droit du travail, un licenciement pour faute simple doit toutefois reposer sur des faits précis et vérifiables. En cas de contestation, le conseil de prud’hommes est chargé d’examiner si les éléments avancés par l’employeur justifient réellement la rupture du contrat.

Tout commence en 2018. Le salarié, prénommé Léandre pour préserver son anonymat, est recruté par une entreprise qui permet aux patients de prendre rendez-vous avec des professionnels de santé. Son rôle consiste alors à contrôler les informations publiées sur les profils des praticiens : diplômes, horaires d’ouverture, autorisations d’exercer ou encore conformité des données.

« Les informations des praticiens doivent être validées. Entre l’authenticité des diplômes, les horaires d’ouverture des cabinets et les autorisations d’exercer des soins, il y a énormément de choses à modérer, et c’était justement le rôle de mon client. Tous les modérateurs ont des objectifs à accomplir qui donnent accès à une rémunération variable, une prime », raconte l’avocat au Journal du Net. 

Selon le récit de l’avocat, l’entreprise connaissait un fort turnover parmi les modérateurs. Léandre, lui, se distingue rapidement par ses résultats. Dès 2019, il participe à la mise à jour des consignes destinées aux équipes. En 2020, il rejoint un dispositif renforcé pendant la crise sanitaire liée au coronavirus, puis forme jusqu’à 13 nouveaux modérateurs en 2021.

Ses performances deviennent particulièrement élevées. Le salarié dépasse régulièrement ses objectifs et atteint parfois jusqu’à 150 % de sa prime variable. Une situation qui va finalement devenir le cœur du conflit avec son employeur.

L’entreprise lui reprochait de dépasser les objectifs de ses collègues

Selon Anthony Coursaget, le salarié ne se contentait pas de remplir ses missions habituelles. Une fois son travail terminé, il poursuivait son activité en réalisant des tâches attribuées à d’autres collaborateurs. Cette implication excessive aurait fini par poser problème aux yeux de l’entreprise.

« En février 2023, il est licencié pour faute simple. On lui reproche de surperformer et d'empêcher ses collègues d’atteindre leurs objectifs. Il est également décrit comme insubordonné car il ne notait pas ses temps de pause malgré les consignes de l’entreprise », souligne Anthony Coursaget.

Le salarié décide alors de contester son licenciement devant le conseil de prud’hommes. L’employeur estimait que les performances exceptionnelles de Léandre faussaient les résultats collectifs et empêchaient certains collègues d’obtenir l’intégralité de leur prime.

La défense a toutefois contesté cette analyse. Selon l’avocat, les échanges avec les autres salariés ont montré que les équipes continuaient à percevoir leurs primes malgré les performances de Léandre. Il a également remis en cause la fiabilité des statistiques utilisées par l’entreprise, qui provenaient d’une plateforme interne dont les données pouvaient être discutées.

Le licenciement jugé injustifié et une indemnisation de près de 15 000 euros

Au terme de la procédure, la juridiction prud’homale a considéré que les performances du salarié n’avaient pas eu d’impact négatif démontré sur ses collègues. Le licenciement a donc été déclaré sans cause réelle et sérieuse.

Le salarié n’a pas été réintégré dans l’entreprise, notamment parce qu’il ne souhaitait pas poursuivre sa collaboration avec son ancien employeur. Il a obtenu une indemnisation proche de 15 000 euros.

 

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