Le Crédit Mutuel Alliance Fédérale a annoncé qu’il ne financera aucun candidat à la prochaine élection présidentielle tant qu’une garantie explicite de l’État ne sera pas mise en place. Cette décision marque un tournant pour le groupe bancaire, qui avait pourtant participé au financement de précédentes campagnes présidentielles. Elle intervient alors que le gouvernement cherche une solution afin de faciliter l’accès au crédit des candidats, notamment pour éviter le recours à des financements étrangers.
Lors de la présentation des résultats financiers du premier semestre, le président de Crédit Mutuel Alliance Fédérale et de la Fédération bancaire française (FBF), Daniel Baal, a été catégorique : « Faute de garantie explicite votée par le Parlement, le groupe ne financera aucun candidat » à l’élection présidentielle. Selon lui, les garanties actuellement offertes aux établissements bancaires sont insuffisantes face aux risques liés au financement des campagnes électorales.
Le risque d’invalidation des comptes au cœur des inquiétudes du Crédit Mutuel
Pour Daniel Baal, le principal danger ne réside pas dans la capacité des candidats à rembourser leur emprunt, mais dans une éventuelle invalidation de leurs comptes de campagne. « Le vrai risque non assurable est celui de l’invalidation des comptes de campagne (…) qui peut toucher des candidats de premier plan », a-t-il expliqué, faisant référence à un risque déjà observé lors de précédentes élections sans citer directement l’ancien président Nicolas Sarkozy, dont les comptes de campagne de 2012 avaient été rejetés.
Le dirigeant a également rappelé un principe fondamental du secteur bancaire : « Il n’existe pas de droit au crédit ». Il a toutefois souligné que « d’une manière générale, les banques françaises ont affiché leur volonté de participer à la bonne marche du pluralisme », tout en estimant que l’élection présidentielle constitue un cas particulier en raison des montants élevés nécessaires pour financer une campagne nationale.
L’État cherche un accord avec les grandes banques
Cette prise de position intervient alors que Matignon travaille depuis plusieurs semaines avec les principaux établissements bancaires français afin de trouver un mécanisme permettant de sécuriser ces prêts. Une réunion s’est tenue à la mi-juillet entre les représentants des grandes banques et les services du Premier ministre Sébastien Lecornu. L’une des pistes étudiées consiste à mettre en place un accord réunissant plusieurs banques, avec une prise en charge par l’État d’une partie du risque de non-recouvrement des prêts.
L’objectif affiché est également d’éviter que des candidats soient contraints de se tourner vers des financements étrangers. Le sujet concerne particulièrement le Rassemblement national, dont la candidate Marine Le Pen rencontre des difficultés pour obtenir un prêt auprès d’une banque française. Le parti avait déjà contracté un emprunt auprès d’une banque russe en 2014, puis auprès d’un établissement hongrois pour financer la campagne présidentielle de 2022.
À ce stade, le Crédit Mutuel Alliance Fédérale a confirmé qu’il ne participera pas à un éventuel dispositif sans garantie législative. Interrogées par l’AFP, La Banque Postale et Société Générale n’ont pas souhaité commenter cette nouvelle position. BNP Paribas, Crédit Agricole et le groupe BPCE n’ont pas répondu aux sollicitations. Société Générale avait toutefois indiqué au printemps qu’elle ne finance plus les partis politiques depuis plusieurs années, invoquant ses règles habituelles de gestion des risques et de conformité.








