Les jeunes Belges ne sont pas forcément plus pauvres que leurs parents au même âge. Leur situation est pourtant marquée par une entrée plus tardive dans la vie adulte, avec un emploi stable plus difficile à décrocher et un logement qui pèse lourd dans le budget.
Alors que des élèves et étudiants se mobilisent à Liège, les économistes Jean Hindriks et Philippe Defeyt ont analysé leur situation dans la Matinale de La Première. Leur constat est nuancé : la pauvreté des jeunes ne connaît pas une explosion générale, mais plusieurs dépenses et obstacles retardent leur autonomie. Jean Hindriks, économiste à l’Economics School of Louvain, pointe notamment l’arrivée plus tardive sur le marché du travail. « Et donc ça crée une précarité d’office, puisqu’ils n’ont pas accès aux revenus du travail et à un emploi stable, des logements qui relativement coûtent cher, et donc ils sont dépendants plus longtemps de leurs parents ».
Le logement pèse lourd sur les jeunes
Le logement apparaît comme l’un des principaux freins à l’autonomie. Chez les 25-29 ans, la part de ceux qui consacrent plus de 40 % de leurs revenus au loyer progresse. Dans le même temps, près d’un jeune sur trois vit encore chez ses parents. Philippe Defeyt estime que ce phénomène traduit une difficulté à franchir le cap de l’indépendance financière. « Ceci traduit manifestement une difficulté de rentrer dans l’autonomie qui accompagnait normalement, qui accompagne toujours normalement l’entrée dans la vie active, le moment où on se prend totalement en charge ».
Jean Hindriks donne un exemple concret à Bruxelles. Un jeune en stage peut toucher environ 1 000 euros par mois, alors qu’une petite chambre en colocation peut coûter entre 600 et 800 euros. Il ne reste alors qu’une faible part du revenu pour financer l’alimentation, les transports et les autres dépenses courantes. Le marché du travail ajoute une autre source d’incertitude. « Les employeurs sont aussi en insécurité, donc veulent avoir une main-d’œuvre relativement flexible, vu l’insécurité sur l’avenir, et donc on passe d’un stage à l’autre », explique Jean Hindriks.
Les chiffres globaux ne montrent pourtant pas une forte hausse de la pauvreté des jeunes. « Le pourcentage de jeunes pauvres diminue comme le total de la population, mais moins vite », souligne Philippe Defeyt. Les situations restent aussi très différentes selon les ressources familiales et le milieu social. Les transports alimentent aussi la colère actuelle. En Wallonie, la nouvelle grille tarifaire du TEC doit faire disparaître l’abonnement annuel à 12 euros pour certaines catégories.
Les abonnements augmenteront fortement pour les jeunes de 18 à 24 ans. Le gouvernement wallon veut faire passer la part des recettes dans le financement du TEC de 10 % à 14 %. Jean Hindriks juge cette évolution malvenue : « Pour les jeunes, c’est une très mauvaise idée. C’est un très mauvais moment ».
Des études plus accessibles, mais un diplôme qui vaut moins seul
Sur les frais d’études, l’analyse est moins alarmiste. L’enseignement supérieur belge reste largement financé par la collectivité et l’accès demeure relativement ouvert dans de nombreuses filières. Jean Hindriks rappelle que « Donc je trouve que globalement, l’accès aux études et la démocratisation des études, on n’est pas mauvais par rapport aux pays voisins ». Il défend aussi la hausse du minerval, en rappelant que « La dernière hausse du Minerval n’est rien d’autre qu’une indexation d’un Minerval qui a été gelé pendant plus de 10 ans ».
Philippe Defeyt déplace le débat vers la valeur du diplôme. Plus de la moitié des jeunes de 30 ans disposent aujourd’hui d’un diplôme de l’enseignement supérieur. « La vraie question aujourd’hui, je pense, c’est peut-être moins l’accès aux études que de savoir que vaut encore un diplôme du supérieur quand plus de 50% des gens ont un diplôme supérieur ». La généralisation des diplômes ne fait pas disparaître les écarts sociaux. « Où là, à partir de ce moment-là, ce sont d’autres critères, d’autres inégalités qui vont expliquer les carrières des uns et des autres ».
Les deux économistes écartent donc l’idée d’une génération uniformément plus pauvre que les précédentes. Leur analyse pointe plutôt une autonomie financière plus tardive, sous l’effet du logement, de l’emploi et des dépenses contraintes. Une situation qui aide à comprendre la mobilisation actuelle des jeunes, sans réduire leur situation à une simple comparaison de revenus avec leurs aînés.








