Les tensions au Moyen-Orient, le retard pris dans le remplissage des stocks et la concurrence asiatique autour du gaz naturel liquéfié font peser un risque de hausse des prix en Europe à l’approche de l’hiver.
Les réserves de gaz de l’Union européenne seraient remplies à 54 %, contre une moyenne de 70 % sur les cinq dernières années à la même période, selon les données citées par 7sur7. Ce retard fragilise la préparation de la saison froide. Les gouvernements et les fournisseurs européens auraient choisi de repousser une partie de leurs achats, dans l’espoir d’une baisse des prix après un apaisement du conflit au Moyen-Orient.
Cette attente n’a pas produit le résultat espéré. Les cours du gaz sont repartis à la hausse après la reprise des hostilités, réduisant la possibilité d’acheter à meilleur prix avant l’hiver.
Le détroit d’Hormuz concentre les inquiétudes
Le détroit d’Hormuz constitue une voie majeure pour le transport mondial de gaz naturel liquéfié. Environ un cinquième des flux internationaux de GNL transiterait par ce passage, notamment les exportations venues du Qatar. La navigation y aurait été interrompue après la reprise des combats. Quelques convois qataris avaient franchi le détroit après un accord de principe entre Washington et Téhéran à la mi-juin, avant un nouvel arrêt des expéditions à la suite d’un tir ayant touché un navire.
D’après des sources citées par Bloomberg, le Qatar envisagerait d’invoquer la force majeure pour certaines livraisons destinées aux clients européens jusqu’à la mi-octobre. Une telle décision réduirait encore les volumes disponibles pendant la période de remplissage des réserves. La hausse des températures en Asie stimule la consommation d’électricité, notamment pour la climatisation. Plusieurs pays cherchent ainsi à acheter davantage de GNL sur le marché international.
Cette demande pousse les acheteurs européens à rivaliser avec les importateurs asiatiques pour des cargaisons déjà limitées. Lorsque plusieurs régions cherchent le même volume de gaz, les prix augmentent et les livraisons se dirigent vers les clients prêts à payer davantage. Les données de suivi des navires citées indiquent que les livraisons actuelles seraient inférieures de plus de 25 % à leur niveau de l’année précédente.
La sortie du gaz russe réduit les marges de sécurité
L’Union européenne souhaite mettre fin aux importations de GNL russe d’ici janvier 2027. Le gaz russe représentait encore 17 % des approvisionnements européens au premier semestre, selon les chiffres avancés. Cette transition réduit le nombre de fournisseurs disponibles au moment où les tensions augmentent sur le marché mondial. L’Europe doit donc trouver d’autres volumes auprès des États-Unis, du Qatar ou d’autres pays producteurs.
Une rupture prolongée dans le détroit d’Hormuz compliquerait ce rééquilibrage et exposerait davantage les pays européens aux variations des cours internationaux. Les États membres doivent normalement atteindre un niveau de stockage de 90 % au 1er décembre. Face aux tensions au Moyen-Orient, la Commission européenne aurait ramené cet objectif à 80 %, selon les informations communiquées.
Cet assouplissement traduit les difficultés rencontrées pour remplir les réserves dans les délais prévus. Il réduit aussi la quantité de gaz disponible en cas de période froide prolongée ou de nouvelle rupture des livraisons. Un hiver rigoureux entraînerait alors une consommation rapide des stocks. Les prix de gros pourraient remonter, avec une répercussion possible sur les contrats des ménages et des entreprises.
Une facture dépendante des prochains mois
L’évolution des prix reposera sur plusieurs facteurs : la reprise éventuelle de la navigation dans le détroit d’Hormuz, le retour des exportations qataries, le niveau de la demande asiatique et la vitesse de remplissage des réserves européennes. Un apaisement diplomatique pourrait détendre les cours. À l’inverse, une fermeture prolongée des routes maritimes, associée à de fortes chaleurs en Asie puis à un hiver froid en Europe, renforcerait la pression sur les factures.
Les données citées dessinent donc un scénario de vulnérabilité pour l’Europe, sans rendre certaine une envolée des prix. Les prochains mois seront déterminants pour connaître le niveau réel des stocks et le coût du gaz au début de l’hiver.








