Le risque d’une pénurie de carburants refait surface dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes. Les déclarations du patron de TotalEnergies relancent les interrogations, alors que certains pays commencent déjà à s’organiser. En Europe, la situation reste sous contrôle, mais les signaux de tension se multiplient sur certains segments du marché.
Le blocage du détroit d’Ormuz perturbe une zone stratégique pour l’approvisionnement mondial en pétrole. Cette région représente près de 20 % de la production mondiale, un volume considérable qui pèse directement sur les équilibres énergétiques. Ce pétrole est majoritairement destiné aux pays asiatiques comme la Chine, l’Inde, le Japon ou la Corée du Sud.
Face à cette situation, plusieurs États ont déjà pris des mesures : plafonnement des prix en Corée du Sud, état d’urgence énergétique aux Philippines ou encore restrictions de circulation au Myanmar. Certains pays disposent de marges de manœuvre plus larges. Le Japon ajuste son recours au charbon, tandis que la Chine s’appuie sur un mix énergétique diversifié, incluant charbon et nucléaire.
En Europe, un risque limité mais des tensions sur le kérosène
Sur le continent européen, le risque immédiat de pénurie concerne moins l’essence et le diesel que le kérosène, utilisé dans l’aviation. Plusieurs compagnies ont déjà adapté leur activité. La compagnie Transavia a supprimé environ 400 vols en France, tandis qu’en Italie, certains aéroports priorisent les vols jugés indispensables, comme les évacuations médicales ou les vols d’État.
À ce stade, les autorités se veulent rassurantes. En France, environ 4 % des stations-service rencontrent des difficultés d’approvisionnement, un niveau jugé maîtrisé par les pouvoirs publics.
Pourquoi cet avertissement maintenant ?
Le dirigeant de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, alerte sur les conséquences d’un accès limité aux ressources énergétiques. Selon lui, laisser 20 % des réserves mondiales inaccessibles ne peut être sans effet sur l’économie mondiale, rapporte RTL. Cette analyse est partagée par l’Agence internationale de l’énergie, qui estime que le conflit en Iran prive le marché de près de 11 millions de barils par jour.
Résultat : les prix des carburants repartent à la hausse, y compris dans des régions moins dépendantes du Moyen-Orient.
Une pénurie des carburants à court terme peu probable
Malgré ces tensions, une pénurie généralisée à court terme reste peu probable. Les capacités de production d’autres pays, comme le Canada ou certains États africains, peuvent compenser une partie du manque. Par ailleurs, la consommation évolue, portée par la montée des énergies alternatives et par l’effet des prix élevés sur la demande. Les estimations actuelles situent les réserves mondiales entre 40 et 50 ans au rythme de consommation actuel.
La situation invite à la vigilance, sans traduire un manque immédiat. Les prochains mois dépendront de l’évolution du contexte international et des capacités d’adaptation des marchés énergétiques.







