En Belgique, les ménages sont aujourd’hui moins endettés qu’ils ne l’étaient depuis une décennie. Le recul du taux d’endettement observé en 2024 intervient après plusieurs années d’augmentation continue.
Cette évolution n’est pas uniquement le fruit de comportements plus prudents mais aussi d’une dynamique économique spécifique. Elle s’inscrit dans un contexte plus large de transformation des rapports à la dette, tant chez les particuliers que dans les entreprises.
Une dette privée en baisse grâce à une croissance du PIB plus rapide que celle des crédits
Selon le rapport de stabilité financière publié par la Banque nationale de Belgique, le taux d’endettement des ménages s’élevait à 57,4 % du Produit intérieur brut (PIB) fin 2024, selon 7sur7.be. Ce chiffre marque un retour au niveau de 2014, après avoir culminé au-delà de 66 % entre 2021 et 2022. Ce recul significatif en deux ans est le fruit de plusieurs facteurs structurels et conjoncturels.
La baisse ne s’explique pas seulement par un ralentissement de l’emprunt. Le PIB belge a progressé plus rapidement que l’encours total des prêts, ce qui a mécaniquement fait diminuer le ratio d’endettement. Cette accélération de la croissance nominale du PIB est en partie liée à l’inflation et à l’indexation automatique des salaires, deux éléments qui ont gonflé les revenus agrégés sans que les niveaux d’endettement suivent le même rythme.
En parallèle, la hausse des taux d’intérêt décidée par la Banque centrale européenne depuis 2022 a fortement freiné l’activité de crédit. Les crédits hypothécaires, en particulier, ont vu leurs volumes diminuer à mesure que leur coût augmentait. Les ménages, confrontés à des conditions d’emprunt plus rigoureuses, ont modéré leurs projets d’achat immobilier ou de financement de biens durables. Ce double effet – un ralentissement du crédit et une augmentation du PIB – explique la réduction du taux d’endettement privé.
Le phénomène n’est pas limité aux ménages. Le taux d’endettement des entreprises belges a lui aussi reculé, atteignant fin 2024 son plus bas niveau depuis plusieurs années. Cela suggère une tendance générale à la modération du crédit dans le secteur privé, encouragée par le contexte monétaire et par des stratégies de désendettement plus marquées chez certains acteurs économiques.
Un contraste marqué avec la trajectoire de la dette publique
Cette dynamique de désendettement observée chez les ménages et les entreprises contraste fortement avec l’évolution de la dette publique, qui poursuit sa progression. Toujours selon la Banque nationale, la dette de l’État belge a atteint 104,7 % du PIB fin 2024, un niveau en hausse et le plus élevé depuis 2021. Cette situation reflète des contraintes budgétaires persistantes et la difficulté à contenir les dépenses publiques malgré la reprise économique nominale.
Cette divergence met en lumière un déséquilibre croissant entre les sphères privée et publique. Alors que les ménages et les entreprises parviennent à réduire leur exposition à la dette, souvent sous contrainte, l’État peine à stabiliser ses finances. Plusieurs facteurs expliquent cette évolution, notamment la charge croissante des intérêts à rembourser sur une dette de plus en plus coûteuse, et le maintien de politiques de soutien budgétaire dans certains secteurs.
La Banque nationale, dans son rapport, souligne les implications de ces évolutions opposées. Si le recul de la dette privée peut réduire les risques systémiques liés à une bulle de crédit, l’alourdissement de la dette publique constitue un facteur de vulnérabilité. Il limite les marges de manœuvre en cas de ralentissement économique ou de nécessité d’intervention en période de crise.
Ce contexte appelle à une vigilance accrue. Le repli de l’endettement des ménages, bien qu’il reflète une situation financière globalement plus saine, pourrait également peser sur la croissance si la consommation reste contenue. Parallèlement, la trajectoire de la dette publique devra être surveillée de près afin d’éviter une pression excessive sur les finances publiques à moyen terme.








