Ce jeudi 15 mai, la Chambre des députés belges doit voter la fin de la loi de sortie du nucléaire adoptée en 2003. Cette décision intervient dans un contexte où le nucléaire est redevenu un élément central du bouquet énergétique national.
Après plusieurs fermetures partielles de réacteurs, le gouvernement souhaite prolonger la durée de vie de certains d’entre eux et encourager l’arrivée de technologies nucléaires de nouvelle génération. Il est donc essentiel de connaître les enjeux de cette nouvelle orientation belge, portée par la coalition Arizona.
Fin de la loi de 2003 : un virage majeur dans la politique nucléaire belge
La loi de sortie du nucléaire, adoptée en 2003 par le gouvernement « Arc-en-ciel », prévoyait la fermeture complète des sept réacteurs nucléaires belges d’ici 2025. Ce calendrier n’a pas été respecté dans les faits : le premier réacteur, Doel 3, a fermé seulement en octobre 2022, suivi de Tihange 2 et Doel 1 en 2023. Aujourd’hui, seuls Doel 4 et Tihange 3 bénéficient d’une prolongation jusqu’en 2035. Le gouvernement actuel entend prolonger cette durée au-delà de 2035 et maintenir en activité d’autres réacteurs initialement prévus pour une fermeture imminente, tels que Tihange 1 et Doel 2, selon RTBF.
Cette volte-face s’explique par une prise de conscience des enjeux énergétiques et climatiques. Le nucléaire assure une production d’électricité stable, indispensable pour la sécurité d’approvisionnement et la réduction des émissions de carbone. Selon Serge Dauby, directeur du Forum nucléaire belge, prolonger les réacteurs encore en service est « encore possible », tandis que la prolongation de ceux déjà arrêtés nécessiterait des analyses complexes, faute d’avoir été préparées en temps utile. « On a perdu 20 ans », souligne-t-il.
La consommation énergétique belge se décompose ainsi : 85 térawatt-heures d’électricité ont été consommés en 2024, pour un total de 400 térawatt-heures d’énergie, dont 315 térawatt-heures fossiles à décarboner. Le gouvernement s’appuie sur un scénario combinant nucléaire et renouvelables pour remplacer cette énergie fossile dans l’industrie, les transports ou le chauffage.
Prolongations, nouveaux réacteurs et redynamisation du secteur nucléaire belge
Les réacteurs Doel 4 et Tihange 3 sont exploités par Engie, en partenariat avec l’État belge jusqu’en 2035. Cependant, Engie privilégie désormais les énergies renouvelables et refuse de prolonger ces réacteurs au-delà de dix ans, ni de maintenir d’autres unités en service. Le gouvernement devra donc trouver de nouveaux opérateurs. Plusieurs industriels étrangers ont déjà manifesté leur intérêt pour reprendre ou exploiter des centrales nucléaires en Belgique.
Au-delà de la prolongation des unités existantes, la Belgique envisage la construction de nouveaux réacteurs. Les SMR (small modular reactors), réacteurs de nouvelle génération d’environ 300 mégawatts, font partie des options. Ces unités modulaires peuvent être déployées en plusieurs exemplaires et assurent des fonctions variées, comme la production d’hydrogène. Des sociétés canadiennes comme Ontario Power Generation et des acteurs belges tels que Tractebel sont actifs sur ces technologies.
Une autre option porte sur la construction de gros réacteurs de type EPR, similaires à celui de Flamanville en France, plus puissants que les réacteurs actuels belges. Selon les estimations d’Elia, gestionnaire du réseau électrique, la Belgique aura besoin d’environ quatre gigawatts supplémentaires de capacité nucléaire dans les prochaines années.
Ce tournant ouvre aussi la voie à une relance de la recherche et de l’industrie nucléaire en Belgique. Le centre de recherche SCK-CEN à Mol développe des projets SMR, tandis que le pays dispose d’une expertise reconnue mondialement. Le Forum nucléaire souligne la nécessité d’étoffer les équipes et de reconstruire la chaîne d’approvisionnement pour accompagner cette renaissance industrielle, en cohérence avec les ambitions de réindustrialisation européenne.








