Retraites des fonctionnaires : la Cour des comptes explique pourquoi la comparaison avec le privé est trompeuse

La Cour des comptes appelle à revoir le débat sur les retraites des fonctionnaires en comparant les règles plutôt que les seuls montants.

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Retraites des fonctionnaires : la Cour des comptes explique pourquoi la comparaison avec le privé est trompeuse. Crédit : BFMTV | Econostrum.info

La question des retraites des fonctionnaires ne cesse d’alimenter les débats, notamment pour son rôle crucial dans l’avenir du système français. Pour la Cour des comptes, il faut traiter le sujet en profondeur, car comparer uniquement les montants des pensions ne suffira pas à faire évoluer le système.

Invitée au 20 Heures de France 2, la première présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, a ainsi mis en garde contre les comparaisons rapides entre les anciens fonctionnaires et les retraités du secteur privé. « On entend souvent que les fonctionnaires retraités ont des retraites généreuses et plus élevées que dans le privé. Mais factuellement ce n’est pas le cas, il faut remettre des faits dans le débat », a-t-elle déclaré.

Pourtant, les chiffres montrent bien un écart entre les pensions moyennes. Selon la Drees, un ancien fonctionnaire civil de l’État percevait environ 2 400 euros bruts par mois fin 2024, contre 1 370 euros pour un ancien salarié du privé. Pour la Cour des comptes, cette différence ne suffit pas à conclure à un avantage du régime public. Pour l’institution, cette comparaison ne doit pas se faire car les carrières des fonctionnaires et des salariés du privé ne sont pas identiques. 

Chaque régime de retraite a sa propre méthode de calcul

Dans un rapport transmis le 22 septembre à la commission des finances de l’Assemblée nationale, la Cour des comptes analyse les retraites des fonctionnaires de l’État, civils et militaires. Dans le détails, ce document porte sur un système qui représente 65,1 milliards d’euros de pensions versées en 2025 pour environ 2 millions de retraités.

Le constat est clair, la principale différence entre les régimes réside dans la méthode de calcul. Pour les fonctionnaires, la retraite est principalement basée sur le traitement indiciaire des six derniers mois de carrière. En revanche, dans le secteur privé, la retraite de base prend en compte les 25 meilleures années de revenus, mais aussi et surtout la retraite complémentaire Agirc-Arrco.

Par conséquent, pour les fonctionnaires sédentaires partis récemment à la retraite, appliquer les règles du privé aurait conduit à une pension « guère différente », selon l’analyse de la Cour des comptes. L’âge moyen de départ des fonctionnaires concernés atteint désormais 63,5 ans, un niveau proche de celui observé chez les salariés du privé.

Le coût du régime public alimente les débats

La Cour des comptes s’intéresse également à la façon dont le coût des pensions publiques est présenté dans les comptes de l’État. Le régime des fonctionnaires prend en charge certaines dépenses spécifiques, comme des pensions d’invalidité, des majorations pour les parents de trois enfants ou encore des départs anticipés pour certaines professions, notamment les policiers et les militaires.

Dans le secteur privé, ces dispositifs relèvent d’autres mécanismes, ce qui rend les comparaisons plus difficiles. Pour améliorer la lisibilité des chiffres, la Cour propose de revoir la présentation du compte d’affectation spéciale (CAS) « Pensions ». Selon son analyse, le taux de contribution de l’État employeur, fixé à 82,28 % depuis janvier, serait ramené à 44,1 % pour les civils et à 51 % pour les militaires après retraitement de certaines dépenses qui ne correspondent pas directement aux pensions de vieillesse.

Le déséquilibre démographique est aussi un paramètre à prendre en compte. En effet, la Cour estime que le ratio d’environ un cotisant pour un retraité représente un coût de 22 milliards d’euros. Pour Amélie de Montchalin, les décisions à venir doivent donc porter sur les règles complètes du système des retraites, car une simple comparaison entre les pensions ne ferait avancer en rien le débat.

« Les fonctionnaires sont les premiers à voir nos services publics être étouffés par la charge d’intérêt. La Cour des comptes depuis des années dit que nous n’avons pas à faire des choix arbitraires. Il faut regarder dans le détail ce qui doit être réformé », estime-t-elle. Ce n’est pas tout, la Cour des comptes a aussi formulé des propositions concernant la fonction publique territoriale, elle demande notamment la réduction de 140 000 emplois.

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