« Attaque gravissime » : la suppression des APL pour 200 000 étudiants sur la table du gouvernement

Le gouvernement envisage de revoir le calcul des APL étudiantes, avec des conséquences potentielles pour des milliers de jeunes.

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Aides au logement : cette réforme pourrait faire perdre les APL à 200 000 étudiants - Crédit : AFP | Econostrum.info

Une réforme des aides au logement des étudiants revient sur la table. Dans une revue de dépenses réalisée à la demande du Premier ministre, l’Inspection générale des finances (IGF) et l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) proposent de mieux cibler les APL vers les étudiants les plus modestes en intégrant, dans leur calcul, les revenus de leurs parents. Il ne s’agit pas d’une réforme adoptée : le rapport formule une piste d’économie que le gouvernement pourrait, ou non, reprendre.

Le rapport, intitulé Revue de dépenses relative à l’efficacité des politiques familiales, a été publié par les inspections le 14 août. Il présente plusieurs pistes susceptibles de générer jusqu’à 4,2 milliards d’euros d’économies par an à l’horizon de dix ans, dont 2,5 milliards d’euros à plus court terme. La réforme des aides au logement des étudiants figure parmi ces propositions.

Les revenus des parents pourraient être intégrés au calcul des APL

Aujourd’hui, un étudiant peut bénéficier d’une aide au logement même lorsque ses parents disposent de revenus importants. Le calcul des aides au logement des étudiants repose notamment sur un forfait de ressources qui tient compte de leur situation particulière, mais les revenus réels des parents ne sont pas directement intégrés au calcul comme ils peuvent l’être pour d’autres aides étudiantes.

Les IGF et Igas recommandent donc « d’améliorer le caractère redistributif des APL versées aux étudiants rattachés au foyer fiscal de leurs parents, en prenant en compte les ressources parentales ». L’objectif serait de concentrer davantage l’aide sur les étudiants dont les familles disposent de revenus faibles ou intermédiaires.

Cette idée n’est pas nouvelle. Une étude de la Drees publiée en 2025 avait déjà simulé une réforme prenant en compte les ressources parentales lorsqu’elles dépassent un certain niveau. Dans le scénario étudié qui correspond à cette logique, l’économie pour les finances publiques atteignait environ 550 millions d’euros. Environ 320 000 foyers auraient vu leur aide au logement diminuer, dont 210 000 foyers auraient totalement perdu leur allocation. La baisse aurait atteint 140 euros par mois en moyenne pour l’ensemble des foyers concernés et environ 170 euros pour ceux qui auraient perdu totalement leur aide.

Ces chiffres permettent de comprendre l’ordre de grandeur évoqué aujourd’hui, mais ils ne doivent pas être présentés comme une estimation définitive du nombre de jeunes qui perdraient leurs APL si le gouvernement adoptait la proposition de 2026. Le résultat dépendrait du barème finalement retenu et des seuils de revenus fixés.

Une réforme encore au stade de la proposition

L’enjeu financier est important. Les aides au logement versées aux étudiants représentent actuellement environ 2 milliards d’euros de dépenses par an, selon les données parlementaires. En 2024, 852 000 étudiants bénéficiaient d’APL selon l’Assemblée nationale.

Une précédente analyse de la Drees montre aussi que les bénéficiaires ne se concentrent pas uniquement parmi les familles les plus modestes. 45 % des bénéficiaires d’aides au logement étudiantes appartiennent aux trois déciles supérieurs de niveau de vie parental, c’est-à-dire aux déciles 8, 9 et 10. C’est précisément ce constat qui nourrit l’argument en faveur d’un ciblage plus strict.

« Attaque gravissime » : la suppression des APL pour 200 000 étudiants sur la table du gouvernementPin

Pour les étudiants concernés, la réforme pourrait donc avoir un effet direct sur le budget consacré au logement. Mais à ce stade, aucune suppression générale des APL étudiantes n’est décidée et aucune date d’entrée en vigueur n’a été annoncée pour cette proposition. Le rapport des inspections constitue une recommandation adressée au gouvernement, pas une nouvelle règle applicable aux étudiants.

Du côté des représentants des étudiants, cette annonce est mal reçue. L’Union étudiant, qualifie cette proposition, sur son compte X, d’« attaque gravissime ».

La mesure intervient par ailleurs dans un contexte où d’autres changements touchent déjà les aides au logement. Depuis le 1er juillet 2026, les étudiants étrangers extra-communautaires qui ne bénéficient pas d’une bourse sur critères sociaux ne peuvent plus bénéficier des APL, une réforme qui concerne environ 100 000 étudiants et doit permettre à l’État d’économiser 200 millions d’euros par an en année pleine.

Le gouvernement devra donc désormais décider quelles propositions du rapport il souhaite retenir dans le cadre de la préparation du budget 2027. À ce stade, les 200 000 pertes d’APL correspondent à un ordre de grandeur issu d’une simulation antérieure, et non à une décision déjà prise pour 2027.

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