La réforme de l’ARS ne passe pas chez d’anciens responsables. Onze anciens ministres de la Santé, dont huit ayant servi sous la présidence d’Emmanuel Macron, ont signé une tribune publiée le 18 novembre 2025 dans Le Monde pour exprimer leur désaccord avec la proposition du Premier ministre Sébastien Lecornu visant à transférer une partie des compétences des Agences régionales de santé (ARS) vers les départements.
Les signataires incluent notamment Roselyne Bachelot, Marisol Touraine, Agnès Buzyn, Olivier Véran, François Braun, Aurélien Rousseau et Geneviève Darrieussecq. Seule Catherine Vautrin, actuelle ministre des Armées et ancienne ministre de la Santé, n’a pas participé à cette initiative collective.
Dans son discours prononcé devant l’Association des départements de France le 15 novembre, Sébastien Lecornu a évoqué son souhait d’une « réforme profonde » des ARS. Il a notamment proposé de déléguer davantage de prérogatives aux préfets et aux conseils départementaux, afin d’adapter la gestion du système de santé aux réalités locales. Ces annonces ont immédiatement suscité des réactions au sein du monde médical et politique, certains acteurs redoutant un affaiblissement de la cohérence nationale des politiques de santé publique.
Des inquiétudes sur les inégalités territoriales sur l’ARS
Dans leur tribune, les anciens ministres de la Santé expriment leurs craintes quant aux conséquences d’une telle réforme sur l’équité entre les territoires. Ils écrivent : « Imagine-t-on les départements prendre la main sur les politiques d’incitation à l’installation des professionnels libéraux ? Réguler le premier accès aux urgences ? » Selon eux, un transfert de compétences pourrait entraîner des « inégalités territoriales », voire « des effets de clientélisme » liés aux particularismes locaux.
Les signataires s’alarment également des implications financières de la proposition. Ils estiment que le transfert d’une part de la contribution sociale généralisée (CSG) aux départements pour financer les nouvelles compétences en matière de santé constituerait une rupture avec le principe fondateur de solidarité nationale issu de la Sécurité sociale de 1945. Les anciens ministres évoquent également les difficultés rencontrées par certains services départementaux, comme les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH) ou l’aide sociale à l’enfance (ASE), souvent critiquées pour leurs inégalités de fonctionnement selon les territoires.
Leur position rejoint celle de nombreuses organisations de santé, dont Addictions France, Médecins du Monde, Aides, Emmaüs France et Avec Santé. Ces associations, tout comme plusieurs fédérations hospitalières publiques et privées, ont exprimé leur opposition à la proposition du Premier ministre. Elles craignent que cette réforme ne fragilise la gouvernance du système de santé et n’accentue les disparités entre départements.
Cette controverse souligne un clivage entre l’exécutif et d’anciens responsables du secteur, qui appellent à préserver l’unité du modèle sanitaire national face aux velléités de décentralisation évoquées par Sébastien Lecornu.








