Depuis l’introduction des droits de douane de 39 % sur les produits suisses en août 2025, l’économie américaine a perçu des recettes record, tandis que l’industrie suisse lutte pour maintenir sa compétitivité sur le marché américain. Le gouvernement américain a vu ses recettes douanières augmenter de manière spectaculaire, notamment grâce à la hausse des taxes sur les importations en provenance de Suisse.
Si cette mesure a permis à Washington d’engranger des millions, elle a aussi mis en péril certains secteurs industriels suisses, en particulier les technologies et l’horlogerie. L’impact de ces taxes va bien au-delà des simples chiffres, perturbant profondément les relations commerciales entre les deux nations et fragilisant des industries qui étaient jusqu’ici des moteurs essentiels de l’économie helvétique.
Un bond impressionnant des recettes fiscales américaines
Depuis le mois d’avril 2025, les recettes douanières des États-Unis ont connu une hausse spectaculaire. Les taxes sur les produits suisses ont été multipliées par six, atteignant en moyenne 184 millions de dollars par mois entre avril et juillet 2025, selon les données du Bureau of the Fiscal Service du gouvernement américain. En seulement quelques mois, les recettes douanières américaines sont passées d’environ 7 milliards de dollars à près de 30 milliards de dollars par mois. Ce bond est dû à la décision de Trump d’imposer des droits de douane de 39 % sur les produits suisses à partir du 2 août, un taux bien plus élevé que celui appliqué aux autres pays partenaires commerciaux des États-Unis.
Cette hausse représente désormais 5 % des recettes fiscales totales des États-Unis, contre seulement 1,5 % l’année précédente. De plus, bien que les exportations suisses aient diminué de 31 % en août par rapport au mois précédent, les recettes douanières américaines ont probablement continué de croître, suggérant que la décision de Trump a encore renforcé les finances publiques américaines. On estime que, depuis avril, le gouvernement américain aurait perçu plus d’un milliard de dollars grâce à ces taxes.
Une pression insoutenable sur certains secteurs suisses
Les secteurs suisses les plus concernés par cette hausse des taxes sont l’industrie technologique et l’horlogerie, qui représentent ensemble près de 80 % des recettes douanières perçues par les États-Unis sur les produits suisses. Dans l’industrie technologique, qui comprend les machines, les métaux, l’électronique, les technologies médicales et les véhicules, les exportations ont fortement chuté en août, et les entreprises se retrouvent confrontées à une pression considérable.
Jean-Philippe Kohl, directeur adjoint de l’association Swissmem, explique que les entreprises du secteur technologique, déjà confrontées à des marges serrées, peinent à absorber les coûts supplémentaires induits par ces droits de douane, rapporte le Tages-Anzeiger. “Avec un taux de 39 %, ce n’est plus possible; cela devient crucial pour de nombreuses entreprises”, déclare-t-il. Environ 80 % des entreprises du secteur ont une marge bénéficiaire inférieure à 5 %, ce qui rend difficile, voire impossible, de répercuter ces coûts sur les consommateurs américains. De plus, environ une entreprise sur cinq dans ce secteur détient une position suffisamment forte sur le marché pour résister à la concurrence, mais les autres sont condamnées à perdre leur part de marché aux États-Unis.
Les fabricants de montres suisses, en revanche, ont montré une certaine résilience face à ces nouvelles taxes. En raison de leurs marges plus élevées et du prestige du label « Swiss Made », de nombreuses marques horlogères ont pu répercuter l’augmentation des prix sur leurs clients américains. Yves Bugmann, président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse, indique que les exportations vers les États-Unis ont continué de croître jusqu’en août 2025, mais il reconnaît que l’introduction de la taxe de 39 % est un fardeau important pour l’industrie. Les montres suisses, bien que plus chères, continuent d’avoir une forte demande grâce à leur réputation de qualité, mais la situation devient de plus en plus complexe. « Nous comptons sur le Conseil fédéral pour parvenir à une meilleure solution négociée », déclare Bugmann.
Enfin, le secteur du café, qui était auparavant exempt de droits de douane, est également touché. Des marques comme Nespresso, qui produisent leurs capsules en Suisse, doivent désormais faire face à des taxes supplémentaires, un coût qui pourrait être répercuté sur les consommateurs américains. La question de savoir si les consommateurs seront prêts à payer ces prix plus élevés reste en suspens, mais ce changement met en lumière la portée des nouvelles politiques tarifaires de Trump.







