Une belle tirelire ne décroche pas forcément les clés : l’obstacle qui refroidit les acheteurs de maisons en Suisse

Des économies solides, une maison repérée et pourtant, les clés restent hors de portée. Derrière le prix affiché, un autre calcul peut faire dérailler le projet.

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Une belle tirelire ne décroche pas forcément les clés : l’obstacle qui refroidit les acheteurs de maisons en Suisse : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Le jardin, la terrasse, une pièce pour chacun : la maison individuelle garde de sérieux arguments. Son prix, lui, donne moins envie de s’attarder devant l’annonce. En Suisse, les maisons coûtent deux fois plus cher qu’il y a trente ans, avec un prix médian d’environ 1,15 million de francs. Mais même les candidats capables de réunir un apport conséquent peuvent buter sur une autre exigence : leurs revenus.

À Vevey, 350 000 francs d’apport ne règlent pas toute l’équation

L’exemple d’une villa à 1,7 million de francs à Vevey permet de mesurer la hauteur de la marche. Pour envisager son achat, il faudrait disposer d’environ 350 000 francs de fonds propres. Une somme déjà considérable, dont la totalité ne peut pas provenir du deuxième pilier.

Au moins 10 % de la valeur du logement doit être financée hors de cette prévoyance professionnelle, notamment par de l’épargne ou des avoirs du troisième pilier. Pour cette villa, cela représente 170 000 francs.

Reste ensuite à faire accepter le financement. Dans l’exemple présenté, le revenu brut annuel nécessaire atteint environ 300 000 francs pour le ménage, soit 25 000 francs par mois sur douze mois. Ces 25 000 francs correspondent aux revenus du ménage retenus pour financer ce bien, et non à une mensualité de crédit.

La banque regarde aussi ce que le ménage peut supporter

Pourquoi un tel niveau de revenus ? L’établissement prêteur examine la capacité des acheteurs à assumer durablement les charges du logement.

Dans ses explications sur le financement immobilier, Raiffeisen retient un coût total ne dépassant pas un tiers du revenu brut. Ce calcul comprend des intérêts évalués avec un taux indicatif à long terme, l’amortissement et les frais liés au bien.

Ce taux sert à vérifier que le budget résisterait à une remontée des intérêts. L’examen du dossier va donc au-delà du coût du crédit au moment de l’achat.

Une épargne confortable ne garantit donc pas que les revenus suffiront pour l’emprunt envisagé. À titre de repère, le salaire médian individuel s’élevait à 7 024 francs bruts par mois pour un plein temps en 2024, d’après l’Office fédéral de la statistique.

Le coup de pouce familial devient précieux

Dans son reportage consacré à l’achat d’une villa, la RTS recueille le constat de Gwenaël Frin, conseiller financier chez Swiss Life Select. La plupart des acheteurs qu’il rencontre bénéficient d’une aide familiale, pour les fonds propres ou les frais de notaire.

« Sans le soutien de la famille, c’est devenu compliqué d’accéder à la propriété aujourd’hui », constate-t-il. Depuis trois ans, il doit régulièrement expliquer à des candidats que leur projet dépasse leurs possibilités, puis les orienter vers une maison mitoyenne ou un appartement.

Michel Fleury, économiste chez Raiffeisen, souligne également le poids croissant de la capacité financière dans les difficultés d’accès à la maison individuelle. Le blocage peut donc arriver après des années d’épargne, au moment de confronter le projet aux revenus disponibles.

Et face à soi, parfois, des acheteurs prêts à payer cash

Une fois le financement envisageable, la concurrence reste rude. Un jeune couple valaisan interrogé par la RTS raconte avoir trouvé la maison souhaitée, tout en affrontant plusieurs dossiers.

Parmi les concurrents figuraient des retraités capables de payer comptant. Malgré leurs économies et leurs revenus confortables, les jeunes acheteurs ne pouvaient pas rivaliser sur ce terrain.

Ils ont finalement obtenu la maison : les vendeurs souhaitaient privilégier un jeune couple venu s’installer pour plusieurs années. Cette fois, le projet de vie a pesé dans la décision.

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