Après 3 ans de secret, les chiffres tombent : la Suisse a payé des millions pour les vaccins Mpox à cause d’une simple erreur 

Retards, négociations chaotiques et prix explosifs: l’affaire des vaccins Mpox expose une faille coûteuse de la Confédération.

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Suisse
Après 3 ans de secret, les chiffres tombent : la Suisse a payé des millions pour les vaccins Mpox à cause d’une simple erreur : Crédit : keystone-sda.ch | Econostrum.info - Suisse

La gestion des achats de vaccins en Suisse refait surface dans le débat public après la révélation d’une erreur coûteuse liée à la crise du Mpox. Derrière cette affaire se cache une combinaison de mauvaise coordination administrative, de retards décisionnels et d’opacité contractuelle.

En jeu, plusieurs millions d’euros dépensés par la Confédération dans un contexte d’urgence sanitaire. Cette situation met en lumière les limites du fonctionnement institutionnel face à des crises rapides et imprévisibles.

Une désorganisation interne qui a fait grimper la facture

En 2022, alors que le Mpox, anciennement appelé variole du singe, se propage rapidement, la Suisse cherche à se procurer des doses de vaccin Jynneos, produit par la société danoise Bavarian Nordic. Le contexte est tendu, la maladie touche particulièrement certaines populations à risque, notamment les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, et suscite une forte inquiétude. Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 100’000 cas confirmés ont été recensés en laboratoire à l’échelle mondiale, dont 220 décès.

Face à cette situation, la Confédération agit, mais avec retard. Contrairement à la France ou à l’Allemagne, qui lancent rapidement leurs campagnes de vaccination dès le milieu de l’année 2022, la Suisse accumule les lenteurs. Une partie du problème réside dans une mauvaise coordination entre l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et le Département de la défense (DDPS), ce dernier ayant pris en main les négociations avec le fabricant.

Fin juin 2022, les discussions semblaient progresser. Pourtant, les négociations n’aboutissent pas immédiatement. Des réunions sont annulées et des absences liées à la période estivale ralentissent le processus. Début août, l’OFSP se retrouve sans accord concret, alors même que la demande augmente. Cette désorganisation retarde la mise à disposition des vaccins, repoussant la campagne jusqu’en novembre.

Ce délai a eu un impact direct. En pleine urgence, la Suisse s’est retrouvée en position de faiblesse face au fournisseur. Bavarian Nordic en a profité pour revoir ses tarifs à la hausse en cours de négociation. Résultat, la Confédération a payé environ 110 euros par dose, pour un total avoisinant les 11 millions d’euros, soit presque le double du prix payé par certaines organisations internationales comme l’ONU.

Opacité des prix et bras de fer judiciaire avec le laboratoire

Au-delà de l’erreur de coordination, l’affaire prend une tournure juridique autour de la transparence des contrats. Pendant plusieurs années, le prix exact payé par la Suisse est resté confidentiel. Ce n’est qu’au terme d’une longue bataille judiciaire, menée notamment par des journalistes et des collectifs d’enquête, que les montants ont été rendus publics. Il a fallu trois ans et plusieurs classeurs fédéraux pour que Blick et le collectif de recherche WAV puissent sortir ce chiffre au grand jour.

Bavarian Nordic a tenté d’empêcher cette divulgation en multipliant les recours devant le Tribunal administratif fédéral. Le laboratoire a même cherché à faire récuser le juge en charge du dossier. Son argument principal reposait sur les conséquences économiques d’une telle transparence. Selon ses avocats, rendre public le prix suisse aurait pu servir de référence internationale et tirer les tarifs vers le bas, affectant ainsi ses bénéfices.

Malgré ces tentatives, la justice a tranché en faveur de la transparence en janvier 2026. Le Tribunal administratif fédéral a estimé que l’intérêt public primait sur les intérêts commerciaux privés. En d’autres termes, lorsqu’un contrat engage des fonds publics, surtout dans un contexte de crise, les citoyens ont le droit d’en connaître les conditions.

Cette décision s’inscrit dans une tendance plus large. En février 2026, une autre décision similaire a concerné les contrats liés aux vaccins contre le Covid-19, renforçant l’exigence de transparence dans les achats publics de médicaments.

L’affaire met également en lumière un problème structurel du système de santé suisse : le coût élevé des médicaments. Un rapport publié en décembre 2025 par l’assureur Helsana pointait déjà l’opacité des prix comme un facteur clé de la hausse des dépenses. La Suisse figure parmi les pays où les médicaments sont les plus chers, derrière les États-Unis.

Dans ce contexte, l’épisode du Mpox agit comme un révélateur. Il montre comment une combinaison de pression sanitaire, de désorganisation interne et de manque de transparence peut conduire à des surcoûts importants. Il rappelle aussi que la gestion des crises ne se limite pas à l’urgence médicale, mais implique également des choix économiques et politiques lourds de conséquences.

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