« Cela n’aide pas » : la Suisse pourrait faire face à jusqu’à 900 millions de francs de nouveaux coûts liés à l’UE 

Le président de la Confédération hausse le ton face à Bruxelles après l’annonce de nouvelles restrictions sur les importations d’acier.

Publié le
Lecture : 3 min
Suisse
« Cela n’aide pas » : la Suisse pourrait faire face à jusqu’à 900 millions de francs de nouveaux coûts liés à l’UE : Crédit : Reuters | Econostrum.info - Suisse

La décision de l’Union européenne de renforcer ses mesures de protection sur l’acier provoque une vive réaction du côté suisse. Le président de la Confédération, Guy Parmelin, a critiqué dimanche les nouvelles règles d’importation décidées par Bruxelles, qu’il juge pénalisantes pour l’économie helvétique. 

Cette prise de position intervient alors que les relations entre la Suisse et l’UE restent sensibles sur plusieurs dossiers politiques et commerciaux. À quelques semaines de l’entrée en vigueur des nouvelles restrictions, Berne redoute des conséquences directes pour certaines industries stratégiques, notamment celles liées aux technologies de pointe et au secteur spatial.

Guy Parmelin critique des mesures jugées « inacceptables »

Invité de l’émission Samstagsrundschau sur la radio publique alémanique SRF, Guy Parmelin n’a pas caché son mécontentement face à la nouvelle politique européenne sur l’acier. Le conseiller fédéral UDC a qualifié les mesures décidées par Bruxelles d’« inacceptables », estimant qu’elles risquent de fragiliser des chaînes d’approvisionnement déjà fortement intégrées entre la Suisse et l’Union européenne.

À partir du 1er juillet, l’UE prévoit de réduire de moitié les volumes d’importation d’acier exemptés de droits de douane. Cette décision concerne également les producteurs suisses. L’objectif affiché par Bruxelles est de protéger davantage le marché européen de l’acier face à la concurrence étrangère. Mais du côté suisse, cette approche est perçue comme une menace pour des secteurs industriels qui fonctionnent en étroite coopération avec les entreprises européennes.

Guy Parmelin a directement mis en garde la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, contre un possible « autogoal ». Selon lui, ces nouvelles barrières douanières pourraient finalement pénaliser aussi les entreprises européennes. La Suisse fournit en effet des matériaux, des composants et des produits techniques à plusieurs industries spécialisées du continent, notamment dans le domaine spatial et les technologies de précision.

Le président de la Confédération a insisté sur le fait que l’économie suisse ne peut pas être considérée comme un acteur extérieur classique. De nombreuses entreprises helvétiques participent à des chaînes de production communes avec des partenaires européens. Une limitation des exportations d’acier risque donc, selon Berne, de ralentir certains projets industriels et de compliquer l’approvisionnement de secteurs sensibles.

Le Conseil fédéral et la Commission européenne devraient désormais ouvrir des discussions afin de définir de nouveaux quotas dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Pour la Suisse, l’enjeu est de préserver un accès stable au marché européen tout en évitant une nouvelle montée des tensions avec Bruxelles.

Frontaliers, chômage et États-Unis : plusieurs dossiers sensibles pour Berne

Au cours de son entretien sur SRF, Guy Parmelin a également évoqué un autre sujet de préoccupation : le nouveau règlement européen concernant les allocations chômage des travailleurs frontaliers. Ce dossier inquiète particulièrement les autorités fédérales en raison de son impact financier potentiel.

Le Secrétariat d’État à l’économie (SECO) estime que les coûts supplémentaires pour la Suisse pourraient atteindre jusqu’à 900 millions de francs par an. Cette perspective suscite des interrogations au sein du gouvernement fédéral, alors que plusieurs cantons frontaliers dépendent fortement de la main-d’œuvre venue des pays voisins.

« Je peux seulement dire que cela n’aide pas », a déclaré Guy Parmelin au micro de SRF. Le président de la Confédération s’est aussi dit « surpris » de voir l’Union européenne ouvrir deux « questions délicates » en l’espace de quelques semaines, alors même que le paquet de traités entre Berne et Bruxelles continue d’être discuté au Parlement suisse.

Le Vaudois a rappelé l’existence d’un « modus vivendi » négocié entre les deux parties dans le cadre de ces discussions institutionnelles. Cet accord informel devait justement permettre d’éviter l’apparition de nouveaux différends pendant le processus parlementaire suisse afin de ne pas compliquer la ratification des futurs accords.

Dans ce contexte déjà tendu avec l’Union européenne, la Suisse doit aussi gérer des négociations commerciales compliquées avec les États-Unis, comme l’indique la RTS. Guy Parmelin a reconnu que les discussions autour d’un éventuel accord restent difficiles. Il a évoqué l’incertitude liée aux décisions récentes de la Cour suprême américaine, qui complique selon lui la visibilité politique et économique du côté de Washington.

Le Conseil fédéral attend désormais une réponse officielle des autorités américaines aux demandes écrites transmises par Berne. Guy Parmelin s’est montré prudent sur l’évolution des échanges avec les États-Unis, rappelant que la Suisse ignore encore quelles orientations pourraient être prises par l’administration américaine dans les prochains mois.

Entre les tensions commerciales avec l’Union européenne et les négociations complexes avec Washington, la Suisse se retrouve confrontée à plusieurs fronts diplomatiques en même temps. Une situation qui pourrait peser sur certains secteurs industriels exportateurs dans les mois à venir.

Laisser un commentaire

Share to...