La Suisse devient une mine d’or pour Google et Amazon et les caisses de pension y trouvent leur compte 

Google et Amazon lèvent des milliards en Suisse pour financer leurs investissements massifs dans l’intelligence artificielle.

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La Suisse devient une mine d’or pour Google et Amazon et les caisses de pension y trouvent leur compte : Crédit : The Times of India | Econostrum.info - Suisse

Les géants américains de la technologie multiplient les opérations financières en Suisse pour soutenir leurs investissements massifs dans l’intelligence artificielle et les centres de données. Après Alphabet, la maison mère de Google, Amazon vient à son tour de lever plusieurs milliards de francs sur le marché suisse des obligations. 

Ces emprunts géants attirent fortement les investisseurs institutionnels helvétiques, notamment les caisses de pension et les assureurs. Derrière ces opérations se dessine une tendance plus large: la Suisse devient un point de financement stratégique pour les grands groupes technologiques américains engagés dans la course mondiale à l’IA.

Amazon et Google recherchent des milliards pour financer l’explosion de l’intelligence artificielle

Depuis plusieurs mois, les grands acteurs de la tech accélèrent leurs investissements dans les infrastructures numériques nécessaires au développement de l’intelligence artificielle. Centres de données, serveurs spécialisés et systèmes de cloud computing nécessitent des dépenses colossales, poussant les entreprises à chercher des financements bien au-delà des États-Unis.

En février dernier, Alphabet avait déjà marqué les esprits en réalisant la deuxième plus grande émission obligataire de l’histoire du marché suisse des obligations d’entreprise en francs. Le groupe avait levé 3 milliards de francs suisses. Amazon vient désormais d’effectuer une opération d’un montant similaire.

Comme Alphabet, Amazon a structuré son émission sur plusieurs échéances allant de trois à vingt-cinq ans. Cette méthode permet de répondre aux besoins d’un large éventail d’investisseurs institutionnels, des caisses de pension jusqu’aux compagnies d’assurance, en passant par la Banque nationale suisse.

Le marché suisse des obligations attire particulièrement ces grandes entreprises car il offre une importante capacité de financement. Aujourd’hui, les emprunts en francs réalisés par des émetteurs étrangers représentent environ 150 milliards de francs répartis sur quelque 420 obligations cotées à la Bourse suisse. Le volume moyen d’une obligation atteint près de 360 millions de francs, ce qui montre l’ampleur des opérations réalisées actuellement par les groupes technologiques américains.

Cette dynamique s’explique aussi par les besoins gigantesques liés à l’intelligence artificielle. Selon plusieurs estimations citées par Watson, Amazon, Meta, Microsoft et Alphabet prévoient ensemble environ 725 milliards de dollars d’investissements pour la seule année en cours.

Ces dépenses concernent principalement le développement des centres de données qui alimentent les moteurs de recherche, les services cloud et les applications reposant sur l’IA générative. Un rapport publié en 2023 rappelait d’ailleurs que près de 70% du trafic internet mondial transitait cette année-là par les centres de données installés dans l’État américain de Virginie.

Pour Benjamin Heck, trader obligataire à la Banque cantonale de Zurich, cette stratégie permet surtout aux groupes américains de diversifier leurs sources de financement. Il explique que si ces entreprises dépendaient uniquement du marché américain, leurs besoins massifs pourraient finir par faire grimper leurs coûts d’emprunt, même sur un marché aussi vaste que celui des États-Unis.

Les investisseurs suisses profitent d’un marché devenu très attractif

Si Amazon et Google viennent chercher des milliards en Suisse, c’est aussi parce qu’ils savent y trouver une demande solide. Les investisseurs institutionnels suisses disposent de réserves financières considérables et recherchent en permanence de nouveaux placements capables d’offrir des rendements supérieurs aux obligations fédérales.

Les seules caisses de pension helvétiques gèrent plus de 1200 milliards de francs d’actifs. Environ un cinquième de ces montants est investi dans des obligations en francs suisses. Les compagnies d’assurance possèdent elles aussi des volumes de capitaux comparables.

Dans ce contexte, les obligations proposées par Amazon apparaissent particulièrement attractives. Le groupe américain offre un rendement de 0,8275% sur trois ans, 1,19% sur six ans, 1,4375% sur neuf ans, 1,6675% sur douze ans et 2,05% sur vingt-quatre ans. À titre de comparaison, une obligation fédérale suisse à dix ans rapporte actuellement environ 0,46%.

La demande pour ces produits est telle qu’Alphabet a même réussi, au Royaume-Uni, à émettre récemment une obligation en livres sterling avec une échéance de cent ans. Une opération très rare dans le secteur technologique. La dernière entreprise de la tech à avoir réalisé un tel emprunt remontait à Motorola en 1997.

Reste la question du risque de change. Emprunter en francs suisses tout en ayant besoin de dollars expose normalement les entreprises à des variations monétaires potentiellement coûteuses. Mais selon les spécialistes interrogés par Watson, les coûts de couverture contre ces fluctuations sont actuellement particulièrement faibles, ce qui rend ces opérations encore plus intéressantes.

Les experts estiment également que ces gigantesques emprunts étrangers ne devraient pas provoquer de hausse importante du franc suisse. Adrian Knoblauch, responsable de l’analyse obligataire à la Banque cantonale de Zurich, explique que les investisseurs suisses possèdent déjà une quantité très importante d’actifs en francs et peuvent simplement réallouer leurs placements existants.

Avec l’essor de l’intelligence artificielle et la multiplication des besoins en infrastructures numériques, la Suisse confirme ainsi son rôle discret mais central dans le financement mondial des géants américains de la technologie.

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