Les caisses de pension suisses ont connu une nouvelle année favorable en 2025. Portées par de bonnes performances sur les marchés financiers, elles ont renforcé leur situation financière tout en offrant une meilleure rémunération aux assurés actifs.
Les chiffres publiés par la Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle (CHS PP) montrent une amélioration du taux de couverture moyen des institutions ainsi qu’une hausse des intérêts versés sur les avoirs de vieillesse. Malgré cette dynamique positive, les autorités restent vigilantes face aux tensions géopolitiques et à la volatilité persistante des marchés.
Les caisses de pension retrouvent un niveau proche d’avant les turbulences
L’année 2025 marque la troisième année consécutive de résultats positifs pour le deuxième pilier suisse. Les marchés des actions et des obligations ont de nouveau soutenu les performances des institutions de prévoyance, même si les rendements ont légèrement ralenti par rapport à 2024.
Les institutions de prévoyance professionnelle sans garantie étatique et sans solution d’assurance complète ont enregistré une performance nette moyenne de 6,1%, contre 7,4% l’année précédente. Les institutions bénéficiant d’une garantie étatique ont, elles, affiché un rendement moyen de 6,2%, après 7,2% en 2024.
Grâce à cette évolution favorable des placements, les caisses de pension ont encore renforcé leur taux de couverture. Celui-ci atteignait en moyenne 117,1% à la fin de l’année 2025, contre 114,7% un an plus tôt. La présidente de la CHS PP, Vera Kupper Staub, a souligné que les institutions retrouvaient pratiquement le niveau observé fin 2021, avant les fortes secousses économiques des dernières années.
Les situations de découvert sont devenues rares. Selon les données de la commission, seules quelques institutions sans garantie étatique se trouvaient encore dans cette situation à la fin de 2025. En 2024, environ 1% d’entre elles étaient encore concernées.
Les réserves accumulées jouent un rôle majeur dans cette stabilité retrouvée. Environ trois quarts des caisses de pension détenaient fin 2025 des réserves de fluctuation de valeur représentant au moins 75% de leur objectif cible. L’année précédente, seule la moitié des institutions atteignait ce niveau.
Cette amélioration ne fait pourtant pas disparaître les inquiétudes liées au contexte international. La CHS PP estime que les risques géopolitiques et économiques se sont renforcés au cours des dix-huit derniers mois. Ces tensions se traduisent par une volatilité plus importante des marchés financiers.
Le vice-président de la commission, Fabrizio Ammirati, cite notamment les droits de douane américains ainsi que la guerre en Iran parmi les facteurs susceptibles d’affecter les rendements futurs des placements, indique Blick.
Les assurés profitent de meilleurs intérêts, mais les risques restent surveillés
Les bons résultats enregistrés par les caisses de pension ont eu un impact direct sur les assurés actifs. À la fin de l’année 2025, les avoirs de vieillesse ont été rémunérés à un taux moyen de 4,33%, contre 3,76% en 2024.
Cette rémunération apparaît particulièrement favorable dans un contexte d’inflation très faible en Suisse. Selon les chiffres de l’Office fédéral de la statistique, le renchérissement annuel s’est limité à 0,2% en 2025, après 1,1% en 2024. Une grande partie des capitaux de prévoyance ont ainsi bénéficié d’un taux largement supérieur au minimum légal LPP fixé à 1,25%.
Les perspectives concernant les futurs retraités restent relativement stables. Fabrizio Ammirati a indiqué que les institutions de prévoyance prévoyaient en moyenne un taux de conversion de 5,17% à l’âge de 65 ans pour les départs à la retraite attendus dans les cinq prochaines années. Ce niveau reste identique à celui observé en 2024.
La CHS PP attire toutefois l’attention sur les différences importantes entre les types d’institutions de prévoyance. Les institutions collectives ou communes, qui regroupent environ trois quarts des assurés actifs, affichent en moyenne des taux de couverture plus faibles que les caisses propres à certaines entreprises.
Selon Fabrizio Ammirati, cette situation s’explique notamment par la concurrence entre ces institutions collectives, qui poursuivent souvent des objectifs de croissance afin d’attirer de nouveaux assurés. Cette stratégie peut entraîner une dilution des réserves existantes et exposer davantage ces structures aux fluctuations des marchés.
Les autorités de surveillance ont également identifié plusieurs problèmes de gouvernance au sein de certaines institutions. Une analyse des risques systémiques a mis en lumière des faiblesses dans la formation des organes dirigeants, dans la gestion de certains contrats ou encore dans les pratiques de courtage.
La directrice de la CHS PP, Laetitia Raboud, estime que certaines collaborations ne garantissent pas toujours suffisamment les intérêts des assurés. Face à ces constats, la commission a adopté de nouvelles directives de surveillance et renforcé les règles de gouvernance applicables aux institutions de prévoyance.
Les responsables des caisses de pension devront désormais démontrer plus clairement que leurs décisions servent les intérêts des assurés avant toute logique commerciale. Le Conseil fédéral a d’ailleurs reconnu récemment la nécessité d’adapter le cadre légal actuel. La CHS PP prévoit de rendre sa position officielle sur ces évolutions avant l’été.








