Une région suisse attire une nouvelle catégorie d’acheteurs internationaux, en particulier des expatriés fortunés installés dans les pays du Golfe. Ce mouvement s’inscrit dans un contexte géopolitique incertain, marqué notamment par les tensions au Moyen-Orient.
Depuis 2024, les professionnels de l’immobilier observent une hausse des demandes visant cette région du sud de la Suisse. Cette dynamique redessine progressivement la carte des destinations privilégiées par les grandes fortunes.
Un afflux porté par le Golfe et stimulé par des conditions attractives
Le canton du Tessin connaît une transformation discrète mais significative. Le phénomène est particulièrement visible du côté de Lugano, où les agences immobilières multiplient les initiatives pour capter cette clientèle. Une campagne récente d’Engel & Völkers cible explicitement les familles aisées du Golfe, mettant en avant la stabilité suisse. Son directeur tessinois, Simon Incir, indique que les demandes ont progressé de 15 % depuis le début de la guerre en Iran, selon Blick. Si aucune vente n’a encore été finalisée, les visites se multiplient, signe d’un intérêt concret.
Les profils intéressés sont souvent des Européens déjà expatriés dans des pays comme les Émirats arabes unis, le Qatar ou encore l’Iran. Parmi eux figurent des Britanniques, des Français, des Italiens ou même des Suisses souhaitant revenir. Le Tessin présente un avantage décisif: il permet l’acquisition de résidences secondaires sans obligation de permis de séjour. Cette possibilité offre une forme de transition, permettant de tester une installation avant un éventuel déménagement définitif.
L’offre immobilière soutient cette dynamique. Entre Ascona et Lugano, 261 biens sont actuellement disponibles selon Engel & Völkers Ticino. Villas avec piscine, appartements haut de gamme ou propriétés avec vue sur le lac ou le Monte San Salvatore composent l’essentiel du marché. À cela s’ajoutent d’autres arguments, comme la présence d’écoles internationales et la proximité de Milan et de son aéroport, facilitant les déplacements internationaux.
Le cadre fiscal joue également un rôle central. Comme d’autres cantons, le Tessin propose une imposition forfaitaire pour les étrangers dont les revenus sont générés hors de Suisse. Ce dispositif reste un levier d’attractivité dans un contexte où certains pays durcissent leur fiscalité. Pour de nombreuses familles, il s’agit d’un critère déterminant dans le choix d’un lieu de résidence.
Une concurrence entre cantons et un engouement à relativiser
Face à cette montée en puissance, d’autres régions suisses tentent de conserver leur attractivité. Le canton de Zoug, longtemps considéré comme une référence pour les grandes fortunes, continue d’attirer l’attention internationale. Des médias comme le Financial Times ou Bloomberg le citent régulièrement parmi les destinations prisées, aux côtés de Monaco ou Londres. Le directeur des finances zougois, Heinz Tännler, reconnaît une hausse des demandes en provenance du Golfe.
Sur le terrain, la réalité apparaît plus contrastée. À Zoug, l’offre immobilière reste très limitée avec seulement 19 biens disponibles. Le prix moyen atteint 4,23 millions de francs, ce qui restreint fortement les possibilités, même pour une clientèle aisée. Cette rareté contraste avec le Tessin, où le volume de biens disponibles permet de répondre plus facilement à la demande.
D’autres cantons peinent à rivaliser, à l’image de Zurich. Plusieurs professionnels du secteur évoquent une fiscalité moins compétitive, qui freine l’intérêt des acheteurs fortunés. Certains clients excluent même explicitement ce canton de leurs recherches. Des conseillers fiscaux orienteraient désormais leurs clients vers des régions jugées plus avantageuses, notamment en Suisse centrale ou méridionale.
Malgré ces signaux, la solidité de cette tendance reste incertaine. Certains experts évoquent un mouvement encore fragile, lié à des facteurs conjoncturels. Des retours vers des destinations comme Dubaï ont déjà été observés, certains investisseurs estimant la situation plus stable sur place. D’autres professionnels appellent à la prudence face à une couverture médiatique jugée parfois excessive.
Certaines régions suisses ne constatent d’ailleurs aucun changement notable. À Andermatt, dans le canton d’Uri, aucune hausse significative de la demande en provenance du Proche-Orient n’a été enregistrée. Le marché y reste dominé par une clientèle suisse et européenne. Ces différences régionales montrent que l’attrait pour la Suisse varie fortement selon les spécificités locales.
Le Tessin semble pour l’instant tirer son épingle du jeu grâce à une combinaison rare d’accessibilité immobilière, d’avantages fiscaux et de qualité de vie. Reste à savoir si cet intérêt se confirmera dans la durée ou s’il s’agit d’un mouvement ponctuel lié au contexte international.








