Payé avec les primes maladie ? Novartis sous le feu des critiques pour son nouveau jet privé à 60 millions de francs

Novartis sous pression après l’achat d’un jet à plus de 60 millions, soupçonné d’être lié indirectement aux primes maladie en Suisse.

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Payé avec les primes maladie ? Novartis sous le feu des critiques pour son nouveau jet privé à 60 millions de francs : Crédit : IMAGO/dieBildmanufaktur/Via Blick | Econostrum.info - Suisse

La polémique enfle autour de Novartis après la révélation de l’acquisition d’un jet privé de luxe par sa direction. Cet achat, estimé à plus de 60 millions de dollars, intervient dans un contexte déjà tendu autour du coût de la santé en Suisse. 

La controverse prend une ampleur particulière en raison d’un possible lien indirect avec l’argent issu des primes d’assurance maladie. L’affaire ravive les tensions politiques et relance le débat sur la transparence dans le secteur pharmaceutique.

Un jet à plus de 60 millions au cœur des critiques

Au centre de la controverse se trouve un Dassault Falcon 8X, un appareil haut de gamme réputé pour son autonomie et son confort. Dans sa configuration la plus luxueuse, il peut accueillir plusieurs espaces distincts, dont trois salons et une douche intégrée. Le prix de base de ce type d’avion avoisine les 60 millions de dollars, un montant qui peut encore augmenter selon les options choisies.

Selon les informations révélées notamment par le blog financier Inside Paradeplatz cité par le le magazine Beobachter, cet investissement aurait été financé indirectement par des fonds provenant du système de santé, et donc en partie des primes payées par les assurés. Cette hypothèse, même indirecte, suffit à susciter une vive réaction dans un pays où les coûts de la santé figurent parmi les plus élevés au monde. D’après l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Suisse se classe au troisième rang mondial des dépenses de santé par habitant, derrière les États-Unis et l’Allemagne.

Interrogée sur cet achat, l’entreprise s’est contentée d’une réponse succincte, confirmant le remplacement d’un jet utilisé à des fins professionnelles, sans détailler davantage. Ce silence partiel alimente les interrogations, d’autant que Novartis est actuellement engagée dans des discussions avec l’Office fédéral de la santé publique concernant le prix des médicaments. Le groupe plaide pour des hausses tarifaires, tout en évoquant la possibilité de retirer certains traitements du marché suisse en cas de désaccord.

Par ailleurs, cet avion ne constitue pas un cas isolé. Le registre suisse des aéronefs mentionne déjà la présence de trois autres jets de type Dassault Falcon 7X appartenant à Novartis, ainsi qu’un hélicoptère Eurocopter EC135. Cette flotte renforce l’image d’un groupe disposant de moyens importants, ce qui accentue la sensibilité de l’opinion publique face à cet investissement.

Une onde de choc politique et sociale

La révélation de cet achat a rapidement provoqué des réactions contrastées sur la scène politique. Les partis de droite, comme l’Union démocratique du centre et le Parti libéral-radical, ont choisi de ne pas commenter ou de rappeler que les décisions d’investissement relèvent de la sphère privée des entreprises. Le Centre adopte une position similaire, évitant de se prononcer sur ce cas précis.

À gauche, les critiques sont nettement plus marquées. Le conseiller national socialiste Samuel Bendahan dénonce une situation qu’il juge difficilement acceptable, alors que de nombreux ménages peinent à assumer la hausse des primes d’assurance maladie. Dans la même ligne, la conseillère nationale Manuela Weichelt estime que cet achat illustre un problème plus large et évoque une déconnexion entre les grandes entreprises pharmaceutiques et la réalité vécue par la population.

Le débat dépasse la seule question de cet avion. Il touche à la perception globale du secteur pharmaceutique et à la manière dont ses bénéfices sont utilisés. Selon le rapport annuel de Novartis, la marge opérationnelle du groupe a atteint 40,1%. Cela signifie que sur 100 francs de chiffre d’affaires, plus de 40 francs sont conservés comme bénéfice d’exploitation. À titre de comparaison, Migros affiche une marge de 3,6%, un écart qui alimente les critiques.

La rémunération de la direction renforce également cette perception. En 2025, les dirigeants de Novartis se sont partagé 113,6 millions de francs, dont 24,9 millions pour le directeur général Vas Narasimhan. Ces chiffres, mis en parallèle avec la pression exercée sur les prix des médicaments, nourrissent un débat sur l’équilibre entre rentabilité et responsabilité sociale.

Cette affaire intervient dans un climat déjà sensible, marqué par des discussions sur la maîtrise des coûts de la santé. Elle met en lumière les attentes croissantes en matière de transparence et de cohérence dans l’utilisation des ressources financières. Pour une partie de l’opinion, la question n’est pas uniquement légale, mais aussi morale, dans un système financé en grande partie par des contributions obligatoires.

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