Jusqu’à 700 millions par an : ces milliardaires qui profitent discrètement des dividendes suisses

La Suisse atteint un record de 64 milliards de dividendes, dominé par grandes entreprises, fortunes familiales et revenus publics en hausse.

Publié le
Lecture : 3 min
Milliards
Jusqu’à 700 millions par an : ces milliardaires qui profitent discrètement des dividendes suisses : Crédit : Witters | Econostrum.info - Suisse

La Suisse confirme en 2026 sa position de place incontournable pour les investisseurs avec un niveau de dividendes jamais atteint. Les entreprises helvétiques distribuent cette année 64 milliards de francs, un record qui illustre la robustesse de leur rentabilité. 

Cette dynamique s’inscrit dans une tendance haussière observée depuis plus d’une décennie, malgré un ralentissement ponctuel en 2021 lié à la pandémie. Derrière ces montants se dessinent des enjeux économiques majeurs, entre concentration des richesses, stratégies d’entreprise et rôle croissant de l’État.

Des géants industriels moteurs d’un système très généreux

Le niveau record atteint en 2026 repose en grande partie sur les performances de quelques groupes majeurs. Nestlé, Roche et Novartis concentrent à eux seuls 23,4 milliards de francs de dividendes. Nestlé domine avec 8,2 milliards distribués, confirmant sa capacité à maintenir des rendements élevés malgré une croissance plus modérée et des ajustements au sommet de sa direction. Roche poursuit sa politique de progression régulière, avec une hausse de son dividende qui renforce sa réputation de valeur défensive prisée.

Novartis affiche une dynamique plus marquée. Le groupe pharmaceutique porte son dividende à 3,70 francs par action, soit une augmentation proche de 6 %. Cette progression s’accompagne d’un programme de rachat d’actions de 10 milliards de francs, renforçant l’attractivité du titre. Dans ce contexte, certains dirigeants bénéficient directement de ces performances, à l’image de l’ancien directeur financier Harry Kirsch, qui perçoit environ 1,7 million de francs de dividendes grâce à ses participations.

D’autres entreprises illustrent la diversité des rendements proposés sur le marché suisse. Sunrise, récemment redevenu indépendant après sa séparation de Liberty Global, affiche un rendement d’environ 7,4 %, le plus élevé actuellement. Ce type de performance est souvent lié à des cours moins dynamiques, ce qui nécessite une certaine prudence de la part des investisseurs. Mobilezone, Clariant ou encore Partners Group figurent également parmi les sociétés offrant des rendements attractifs, ce dernier versant 46 francs par action, soit une hausse de 10 % sur un an.

Le cas de Lindt & Sprüngli illustre quant à lui la stabilité du modèle suisse. L’entreprise, confrontée à de nouvelles tendances comme le succès du chocolat dit « de Dubaï », continue d’innover tout en maintenant une politique de dividendes solide. Elle enregistre ainsi une trentième hausse consécutive, avec 1800 francs par action nominative, témoignant d’une stratégie axée sur la fidélisation des actionnaires.

Une manne largement captée par les grandes fortunes et les pouvoirs publics

Si cette distribution massive bénéficie à l’ensemble de l’économie, elle reste fortement concentrée entre les mains de quelques grands actionnaires. Selon un article publié dans la Handelszeitung et repris par Blick, les familles héritières de Roche figurent parmi les principales bénéficiaires, avec plus de 679 millions de francs perçus grâce à leur contrôle d’environ 65 % des droits de vote. Maja Oeri et son fils Melchior Oeri reçoivent chacun près de 39,7 millions de francs via leurs participations.

La famille Blocher illustre également cette concentration. Grâce à leur participation de 70,9 % dans Ems-Chemie, Magdalena Martullo-Blocher et ses sœurs encaissent 305,2 millions de francs. Une partie de cette somme provient d’un dividende exceptionnel de 3,75 francs par action, pratique permettant d’ajuster les distributions en fonction des résultats annuels.

Parmi les grandes figures du capitalisme européen, Klaus-Michael Kühne conserve une place à part. Avec une participation de 55,4 % dans son groupe principal, il perçoit environ 401,4 millions de francs. En intégrant ses intérêts dans Hapag-Lloyd et Lufthansa, ses revenus liés aux dividendes pourraient atteindre près de 700 millions de francs en 2026, malgré un contexte économique plus incertain.

Les dirigeants d’entreprise ne sont pas en reste. Chez Roche, l’ancien CEO Severin Schwan touche environ 3,5 millions de francs en dividendes, en plus de sa rémunération. À titre de comparaison, Sergio Ermotti, à la tête d’UBS, perçoit environ 2,5 millions de francs via ses actions, un montant qui reste inférieur à celui observé dans l’industrie pharmaceutique.

L’État joue également un rôle central dans ce système. En tant qu’actionnaire, notamment via Swisscom, la Confédération encaisse près de 687 millions de francs, soit une hausse significative sur un an. Les cantons bénéficient aussi de participations dans certaines entreprises, notamment dans le secteur énergétique. À cela s’ajoutent les recettes fiscales issues des dividendes, avec une imposition pouvant varier entre 20 % et un tiers selon les revenus.

Laisser un commentaire

Share to...