L’horlogerie suisse traverse une phase d’incertitude alors que s’ouvre à Genève le salon Watches and Wonders, rendez-vous incontournable du secteur. Derrière les vitrines prestigieuses et les nouveautés présentées, les inquiétudes liées au contexte international dominent les échanges.
Entre tensions géopolitiques, hausse des matières premières et ralentissement de certains marchés clés, les signaux d’alerte se multiplient. Cette conjoncture met sous pression une industrie fortement dépendante des exportations et sensible aux fluctuations économiques mondiales.
Une accumulation de chocs qui fragilise les marchés clés
Pour les acteurs du secteur, la situation actuelle se distingue par la simultanéité de plusieurs facteurs défavorables. Olivier Müller, consultant en horlogerie, évoque une crise « particulièrement aiguë », marquée par l’addition de contraintes économiques et géopolitiques. Parmi les éléments les plus marquants figurent la force du franc suisse, la hausse du prix de l’or et les tensions internationales qui affectent directement la demande.
Le Moyen-Orient apparaît comme l’une des régions les plus touchées. Selon les professionnels, le marché y est quasiment à l’arrêt, avec seulement quelques exceptions. Cette situation a un impact direct sur les exportations suisses, d’autant que cette zone représente une part non négligeable du chiffre d’affaires du secteur. Yves Bugmann, président de la Fédération horlogère, rappelle que la région absorbe environ 10 % des exportations. Dans le détail, les Émirats arabes unis occupent la huitième place des marchés, l’Arabie saoudite la quinzième et le Qatar la vingt-et-unième.
À ces difficultés s’ajoute le ralentissement du marché chinois, qui constituait ces dernières années un moteur important de la croissance. L’ensemble de ces facteurs contribue à créer un climat d’incertitude généralisée. « On a une épée de Damoclès au-dessus de la tête », résume Olivier Müller, soulignant la fragilité actuelle du secteur, comme le rapporte la RTS.
Les inquiétudes ne se limitent pas à ces régions. Le marché américain, aujourd’hui considéré comme un pilier pour l’horlogerie suisse, pourrait à son tour être affecté. Le consultant met en garde contre le risque de stagflation aux États-Unis, un scénario combinant inflation et stagnation économique, qui pourrait peser lourdement sur la demande.
Une industrie sous pression entre incertitudes politiques et risques sur l’emploi
Au-delà des tensions géopolitiques, les incertitudes politiques renforcent la prudence des acteurs du secteur. Les discussions autour des droits de douane américains illustrent cette instabilité. À la mi-avril, aucun accord n’a encore été finalisé, alors que des décisions étaient attendues plus tôt. Cette absence de visibilité complique la planification des entreprises et freine les investissements.
Olivier Müller pointe un climat jugé instable, où les orientations politiques peuvent évoluer rapidement. Cette imprévisibilité constitue, selon lui, un frein majeur pour les entreprises, qui doivent anticiper leurs stratégies dans un environnement incertain. Le risque de nouvelles mesures commerciales ou de changements soudains alimente cette prudence.
Les répercussions de cette conjoncture se font également sentir sur l’emploi. Le recours aux réductions de l’horaire de travail (RHT) permet actuellement d’amortir le choc, en particulier dans la sous-traitance. Selon Yves Bugmann, une entreprise sur quatre dans ce segment bénéficie de ce dispositif. Celui-ci offre un soutien temporaire, mais son avenir dépend d’une décision du Conseil fédéral attendue avant le 31 juillet.
Pour les professionnels, ces mesures doivent rester ponctuelles. Elles sont conçues pour faire face à des cycles économiques défavorables, et non pour compenser des difficultés structurelles durables. Si elles ne sont pas prolongées, les conséquences pourraient être significatives sur l’emploi, notamment dans les chaînes de production et chez les fournisseurs.
Dans ce contexte, l’horlogerie suisse avance avec prudence. Le salon Watches and Wonders reste une vitrine importante, mais il se déroule cette année dans une atmosphère plus tendue. Entre incertitudes économiques, tensions internationales et enjeux sociaux, le secteur doit composer avec un environnement plus instable que par le passé, où chaque évolution externe peut avoir des répercussions immédiates.








