Le plus gros contribuable du pays n’est plus suisse : un géant américain prend la tête avec 1,8 milliard d’impôts

Avec 1,8 milliard de francs d’impôts, une entreprise américaine devient le premier contribuable en Suisse, loin devant Roche, Nestlé et Novartis.

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Le plus gros contribuable du pays n’est plus suisse : un géant américain prend la tête avec 1,8 milliard d’impôts : Crédit : MSD | Econostrum.info - Suisse

Le classement des plus grands contribuables en Suisse connaît un bouleversement majeur. Une entreprise américaine domine désormais largement les contributions fiscales, loin devant les poids lourds nationaux. 

Cette situation met en lumière l’importance croissante des multinationales étrangères dans les finances publiques helvétiques. Elle soulève aussi des questions sur la dépendance fiscale du pays à quelques groupes internationaux.

Un géant pharmaceutique américain en tête avec 1,8 milliard de francs

Le plus grand contribuable en Suisse est désormais le groupe pharmaceutique américain Merck Sharp & Dohme (MSD). Selon des données issues d’enquêtes journalistiques menées par le portail «Republik» et le réseau international de journalistes ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists), l’entreprise a versé 1,8 milliard de francs d’impôts sur les bénéfices en 2025. À elle seule, elle représente environ 6% des recettes totales de cet impôt en Suisse, un niveau particulièrement élevé pour une seule entreprise.

Ce montant place MSD très loin devant les principales entreprises suisses. Roche, premier groupe national en matière de contribution fiscale, a versé près de 1,3 milliard de francs sur la même période. L’écart est encore plus marqué avec Nestlé, qui s’acquitte d’environ 875 millions de francs, et Novartis, autour de 765 millions. Cela signifie que MSD paie plus du double des impôts versés par certains de ces acteurs majeurs de l’économie helvétique.

Cette position dominante s’explique en partie par la structure internationale du groupe. Pour la première fois en 2025, MSD a dû préciser dans son rapport annuel la part de ses bénéfices réalisés dans certains pays, indique Blick. La Suisse figure parmi les juridictions où l’entreprise génère plus de 5% de ses profits, tout comme les Pays-Bas. À l’échelle européenne, le groupe réalise près d’un quart de son chiffre d’affaires, estimé à environ 65 milliards de francs.

Un autre élément clé réside dans le cadre fiscal. MSD bénéficie d’un accord spécifique avec la Suisse, valable jusqu’en 2032, dont les modalités ne sont pas publiques. Ce type d’arrangement, combiné à un taux d’imposition relativement compétitif, renforce l’attractivité du pays pour les multinationales. Le groupe n’a pas souhaité commenter ces éléments, laissant subsister une part d’incertitude sur les mécanismes précis qui expliquent un tel niveau de contribution.

Un modèle fiscal attractif mais dépendant de quelques multinationales

La domination de MSD dans ce classement illustre une tendance plus large du système fiscal suisse. Une part importante des recettes repose sur un nombre limité de grandes entreprises, souvent internationales. Cette concentration peut représenter un avantage en termes de recettes immédiates, mais elle expose aussi les finances publiques à des fluctuations importantes en cas de changement de stratégie de ces groupes.

L’exemple du canton de Lucerne est révélateur. En 2025, il a enregistré des recettes fiscales sur les entreprises bien supérieures aux prévisions, lui permettant de dégager un excédent de 338 millions de francs. Une partie de cette performance pourrait être liée à la présence de MSD, même si le secret fiscal empêche d’en connaître la répartition exacte. Le groupe y emploie environ 1000 personnes et prévoit d’inaugurer un nouveau siège à proximité de la gare de Lucerne, où les trois quarts de ses effectifs seront regroupés.

MSD est également présent à Zurich, où environ 250 collaborateurs travaillent encore sur le site du Circle, près de l’aéroport. Cette implantation multiple renforce son poids économique en Suisse, au-delà de sa seule contribution fiscale. Les activités du groupe couvrent notamment la recherche, le développement et les fonctions internationales, avec une production dédiée aux essais cliniques sur le site de Schachen.

Ce positionnement pourrait aussi susciter des tensions à l’international. Aux États-Unis, certaines orientations politiques visent à rapatrier davantage de création de valeur sur le territoire national. Or, une réforme fiscale adoptée en 2017 a paradoxalement favorisé la localisation d’une partie des profits à l’étranger, rendant des pays comme la Suisse particulièrement attractifs pour des groupes comme MSD.

Dans ce contexte, la Suisse bénéficie pleinement de sa stratégie d’ouverture et de compétitivité fiscale. Mais cette dépendance accrue à quelques acteurs majeurs pose la question de la résilience du modèle à long terme. Entre opportunité économique et risque structurel, l’essor de multinationales comme MSD redéfinit en profondeur l’équilibre des finances publiques helvétiques.

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