Des laboratoires chinois aux biberons : 15 cas déjà contaminés par la toxine céréulide en Suisse

Une toxine produite à Wuhan s’est retrouvée dans des laits infantiles vendus en Suisse, exposant les failles des contrôles sur les nouveaux aliments et les limites du système d’alerte.

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Des laboratoires chinois aux biberons : 15 cas déjà contaminés par la toxine céréulide en Suisse : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

L’affaire du lait infantile contaminé révèle les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement mondialisées. Une huile produite à Wuhan, en Chine, et intégrée dans des laits pour nourrissons vendus en Suisse et dans plus de soixante pays, s’est avérée contaminée au céréulide. 

Cette toxine, difficilement dégradable, s’est retrouvée dans des produits destinés à une population particulièrement sensible. L’épisode met en cause les mécanismes de contrôle des nouveaux aliments et interroge la coordination des systèmes d’alerte sanitaire.

Une huile ARA contaminée au cœur d’un scandale international

À l’origine de l’affaire figure l’entreprise chinoise Cabio Biotech, basée à Wuhan, qui produit une huile ARA issue de la fermentation de champignons. L’ARA, ou acide arachidonique, est un ingrédient couramment ajouté aux laits en poudre pour nourrissons, car il est censé favoriser le développement du cerveau et de la vue. Cet ingrédient est utilisé par de nombreuses grandes marques internationales.

Selon les révélations de la NZZ am Sonntag, une erreur dans le processus de production aurait entraîné la formation de céréulide, une toxine connue pour sa résistance à la chaleur et aux procédés de transformation. Cette substance se serait retrouvée dans des laits infantiles distribués dans plus de soixante pays. Depuis décembre, plusieurs fabricants ont procédé à des rappels de produits à titre préventif.

Nestlé a indiqué avoir détecté des traces « très faibles » de céréulide à la fin novembre 2025 et identifié l’huile ARA comme source de la contamination. Le groupe précise qu’aucun lot antérieur à 2025 n’est concerné. La question demeure toutefois de savoir à partir de quand la contamination était présente et combien d’enfants ont été exposés avant l’identification du problème.

Sur le plan sanitaire, aucun lien causal formel n’a été établi entre la présence de céréulide et des maladies spécifiques. Des parents ont néanmoins signalé des symptômes tels que vomissements, diarrhées et fièvre chez leurs enfants. En Suisse, quinze cas ont été annoncés à l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), indique 20 Minutes. En France, une enquête a été ouverte après le décès de trois nourrissons ayant consommé du lait rappelé, sans qu’un lien direct avec la toxine n’ait été démontré à ce stade.

Des lacunes dans les contrôles des nouveaux aliments et dans l’alerte

L’affaire met en lumière les limites du cadre réglementaire applicable aux « novel foods », ou nouveaux aliments. L’huile ARA est classée dans cette catégorie, qui regroupe des produits relativement récents pour lesquels le recul scientifique reste limité. Bien que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ait jugé cette huile sûre, aucun test spécifique au céréulide n’était exigé jusqu’à récemment.

Ce n’est qu’en février que l’EFSA a fixé pour la première fois une valeur limite pour le céréulide dans les aliments destinés aux nourrissons. Avant cette décision, la toxine ne figurait pas parmi les substances systématiquement recherchées lors des contrôles officiels. Les entreprises comme les autorités n’auraient donc pas anticipé ce risque particulier.

En Suisse, les nouveaux aliments autorisés dans l’Union européenne sont repris automatiquement par l’OSAV, sans examen national supplémentaire. Les chimistes cantonaux effectuent des contrôles réguliers, mais en l’absence d’évaluation officielle du risque, le céréulide n’était pas inclus dans les analyses de routine. Ce fonctionnement, aligné sur les décisions européennes, a limité la détection précoce du problème.

La question du retard d’alerte se pose également. Selon l’OSAV, la Suisse n’est pas pleinement intégrée au système européen d’alerte rapide pour les denrées alimentaires. Cette situation expliquerait une réaction plus tardive dans l’affaire des laits infantiles contaminés. Ce n’est qu’après des investigations approfondies qu’il a été établi que des produits concernés étaient également commercialisés en Suisse. Les Bilatérales III devraient améliorer l’échange d’informations à l’avenir.

Les autorités assurent que les produits actuellement en vente sont sûrs. L’affaire soulève néanmoins des enjeux économiques et réglementaires majeurs. Les rappels engendrent des coûts logistiques et réputationnels pour les fabricants, tandis que les autorités doivent évaluer l’adéquation de leurs dispositifs de contrôle face à l’innovation alimentaire.

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