Des millions en plus dans les caisses : les cantons suisses engrangent-ils ces excédents sur le dos des contribuables ?

Derrière des comptes florissants, des écarts massifs interrogent sur la gestion réelle des finances cantonales en Suisse.

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Des millions en plus dans les caisses : les cantons suisses engrangent-ils ces excédents sur le dos des contribuables ? : Crédit : Shutterstock | Econostrum.info - Suisse

Les comptes cantonaux suisses réservent cette année encore des surprises de taille. Plusieurs cantons affichent des résultats bien meilleurs que prévu, avec des excédents parfois largement supérieurs aux estimations initiales. 

Si ces performances peuvent sembler positives à première vue, elles soulèvent en réalité des interrogations sur la fiabilité des prévisions budgétaires. Derrière ces écarts se dessine un débat plus large sur la gestion des finances publiques et ses conséquences pour la population.

Des écarts spectaculaires entre prévisions et résultats

Dans de nombreux cantons, les chiffres finaux dépassent largement les projections établies lors de l’élaboration des budgets. À Zurich, par exemple, les autorités tablaient sur un excédent de 98 millions de francs pour 2025, alors que le résultat effectif atteint 629 millions. À Berne, le décalage est tout aussi marquant : un bénéfice attendu d’environ 250 millions s’est transformé en recettes de 873 millions de francs.

Ce phénomène ne se limite pas aux plus grands cantons. Genève a bouclé son exercice 2025 avec un excédent de 50 millions de francs, alors qu’un déficit de 256 millions était initialement prévu. À Lucerne, une perte anticipée de 31,3 millions s’est muée en bénéfice de 338,2 millions. Saint-Gall affiche également un résultat supérieur d’environ 200 millions de francs aux prévisions. Dans le canton de Fribourg, l’excédent dépasse de plus de 5 % les montants inscrits au budget.

Ces écarts s’expliquent principalement par des recettes fiscales plus élevées qu’anticipé. L’activité économique a généré davantage d’impôts, en particulier du côté des entreprises et des contribuables à hauts revenus. À cela s’ajoutent des revenus exceptionnels, comme la redistribution de 4 milliards de francs par la Banque nationale suisse à la Confédération et aux cantons en 2025. Certains cantons ont également bénéficié de revenus issus de participations, notamment dans le groupe énergétique Axpo, ou d’opérations ponctuelles comme la vente d’anciennes séries de billets de banque. À Zurich, ces éléments représentent à eux seuls des dizaines de millions supplémentaires.

Des prévisions prudentes qui alimentent le débat politique

Si ces excédents peuvent apparaître comme une bonne nouvelle, ils mettent en lumière une tendance récurrente : des budgets souvent trop prudents. Les cantons semblent sous-estimer leurs recettes, ce qui conduit à des écarts parfois considérables une fois les comptes bouclés. Ce phénomène n’est pas nouveau. En 2021, les différences entre prévisions et résultats avaient atteint 8,3 milliards de francs, puis encore 7,7 milliards l’année suivante.

Ces erreurs d’appréciation ne sont pas sans conséquences. Elles peuvent affecter directement les contribuables, qui ont parfois payé plus d’impôts que nécessaire ou subi des mesures d’économie adoptées sur la base de prévisions pessimistes, selon Blick. Dans certains cas, des décisions politiques ont été prises pour limiter les dépenses publiques, alors que les finances se sont finalement révélées bien plus favorables.

Dans le canton d’Appenzell Rhodes-Intérieures, une erreur de calcul de plus de 10 millions de francs a suscité des critiques. Le trésorier Ruedi Eberle a évoqué la possibilité d’adopter à l’avenir des budgets plus ambitieux. De son côté, le comptable Josef Manser a souligné le décalage entre les débats politiques et la réalité des chiffres, rappelant que des discussions avaient porté sur quelques centaines de milliers de francs alors que les écarts réels se chiffrent en millions.

Sur le plan politique, ces excédents relancent les discussions sur l’utilisation des marges financières. Dans le canton d’Argovie, une proposition visant à accorder des allégements fiscaux rétroactifs en cas de bons résultats a été rejetée en novembre 2025. L’UDC soutenait une baisse générale des impôts, tandis que le PS se montrait ouvert à cette idée sous certaines conditions, notamment en matière de politique sociale. Le Centre et le PLR ont soutenu la démarche, sans parvenir à convaincre une majorité. Le Centre a depuis lancé une initiative sur cette question.

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