La hausse continue des primes d’assurance maladie remet la question des déductions fiscales au centre des débats en Suisse. Alors que les coûts de la santé augmentent, les possibilités de déduction ne suivent pas toujours le même rythme.
Entre niveau fédéral et règles cantonales, les différences sont importantes et influencent directement le montant de l’impôt. Cette réalité crée des écarts parfois significatifs entre contribuables selon leur lieu de résidence.
Des plafonds fédéraux inchangés face à la hausse des primes
Au niveau fédéral, les règles restent strictement encadrées et n’ont pas évolué malgré l’augmentation des primes. Une proposition visant à rendre les primes d’assurance maladie entièrement déductibles de l’impôt fédéral direct a récemment été rejetée au Parlement. Le conseiller aux États Hannes Germann (UDC/SH) défendait cette mesure, mais elle n’a pas passé le cap avec 27 voix contre 15.
En l’état actuel, les montants déductibles restent limités. Une personne seule peut déduire au maximum 1800 francs, tandis qu’un couple marié peut atteindre 3700 francs, à condition de cotiser au deuxième ou au troisième pilier. Pour les contribuables ne cotisant pas à ces dispositifs, les plafonds sont plus élevés, avec 2700 francs pour une personne seule et 5500 francs pour un couple. À cela s’ajoutent 700 francs par enfant.
Ces montants incluent non seulement les primes d’assurance maladie, mais aussi d’autres éléments comme les assurances vie ou accidents et certains intérêts liés à l’épargne. Dans les faits, cela signifie que la part réellement déduite pour l’assurance maladie reste limitée, surtout dans un contexte de hausse généralisée des primes.
Ce décalage entre les coûts réels et les déductions possibles alimente les critiques. Pour de nombreux ménages, les dépenses de santé représentent une charge croissante qui n’est que partiellement compensée sur le plan fiscal. Cette situation renforce l’attention portée aux règles cantonales, où les différences sont particulièrement marquées.
Des écarts très importants entre cantons, avec des cas extrêmes
Au niveau cantonal, les contribuables font face à des règles beaucoup plus variables, selon Blick. La déduction liée aux assurances, qui inclut les primes maladie, peut fortement varier d’un canton à l’autre. Pour une personne seule cotisant au deuxième ou au troisième pilier, les montants illustrent l’ampleur de ces écarts.
À Berne, la déduction atteint 2450 francs. Dans les Grisons, elle monte à 4600 francs, tandis que le Jura se situe à 3400 francs. À Neuchâtel, le plafond est fixé à 2500 francs. À l’autre extrême, Obwald affiche une déduction limitée à 1700 francs. Le Tessin se distingue avec le niveau le plus élevé, atteignant 5500 francs, et une initiative populaire a même été acceptée pour porter ce montant à 9000 francs.
Les règles varient également selon les profils. Dans certains cantons, les personnes ne cotisant pas au deuxième ou au troisième pilier peuvent bénéficier de déductions plus élevées. Dans le Jura, par exemple, un supplément de 790 francs est accordé. Dans certaines régions alémaniques, les montants peuvent être augmentés jusqu’à 50% selon les cas.
D’autres cantons adoptent une approche différente en ne distinguant pas les contribuables selon leurs cotisations. À Fribourg, la déduction peut atteindre 4810 francs, contre 5000 francs dans le canton de Vaud. En Valais, elle s’élève actuellement à 3620 francs et passera à 3800 francs pour la prochaine année fiscale.
Genève constitue un cas à part. Le canton applique un modèle spécifique permettant de déduire jusqu’au double des primes moyennes cantonales pour l’assurance de base et complémentaire. Cela représente actuellement un plafond de 17’122 francs pour les adultes, et jusqu’à 17’520 francs pour l’année fiscale 2026. Ce niveau se distingue nettement du reste du pays.
Ces différences illustrent le rôle central des cantons dans la fiscalité suisse. Elles montrent aussi que deux contribuables avec des dépenses similaires peuvent bénéficier de traitements fiscaux très différents. Dans un contexte de hausse continue des primes, ces écarts prennent une importance croissante et influencent directement le pouvoir d’achat.








