Malgré les avertissements de la BNS, le franc suisse pourrait encore grimper face à l’euro

Le franc suisse pourrait encore s’apprécier face à l’euro, malgré les signaux de la BNS et les mouvements récents des marchés.

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Franc
Malgré les avertissements de la BNS, le franc suisse pourrait encore grimper face à l’euro : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Le franc suisse pourrait à nouveau se renforcer face à l’euro dans les prochains mois, malgré un récent rebond de la monnaie européenne. Cette évolution est suivie de près par les marchés financiers, qui testent actuellement la position de la Banque nationale suisse (BNS). 

Entre signaux monétaires, écarts de taux d’intérêt et contexte international incertain, plusieurs facteurs alimentent cette tendance. Pour l’économie suisse, les enjeux sont importants, tant pour les exportations que pour la stabilité des prix.

Des marchés qui anticipent un franc plus fort malgré les signaux de la BNS

Après avoir touché un plus bas historique à 0,8982 franc début mars, l’euro a connu un rebond temporaire jusqu’à 0,9265 franc, avant de revenir autour de 0,92 franc. Ce mouvement reste toutefois fragile, et de nombreux analystes estiment qu’il ne s’agit que d’une phase de consolidation. Derrière cette évolution, les marchés observent attentivement les intentions de la Banque nationale suisse.

Lors de sa réunion du 19 mars, la BNS a durci son discours en signalant plus clairement sa volonté de contrer une appréciation excessive du franc, notamment dans un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient. Certains investisseurs ont interprété ce message comme le signe d’éventuelles interventions sur le marché des changes. Pourtant, les données récentes nuancent cette hypothèse.

Les dépôts à vue auprès de la BNS, souvent utilisés comme indicateur indirect d’interventions, sont restés dans leur fourchette habituelle. De même, les réserves de change n’indiquent pas d’action significative de la banque centrale. Selon un expert interrogé par Bloomberg, ces éléments confirment que la BNS n’est pas intervenue activement ces dernières semaines.

Ce constat alimente une stratégie bien connue des traders: tester la détermination de la banque centrale. En l’absence d’intervention visible, certains acteurs du marché pourraient être tentés de pousser l’euro à la baisse face au franc. Kit Juckes, stratégiste chez Société Générale, recommande ainsi de parier sur un affaiblissement de l’euro, relate Blick. Selon lui, le soutien actuel lié aux écarts de taux d’intérêt reste temporaire, comme cela a déjà été observé par le passé.

Des facteurs économiques qui soutiennent durablement le franc

L’un des éléments clés de cette dynamique réside dans l’écart de taux d’intérêt entre la Suisse et la zone euro. Le taux directeur s’élève à 0 % en Suisse, contre 2 % pour la Banque centrale européenne. Cet écart atteint 2,59 % pour les obligations à long terme, en comparant notamment les emprunts d’État allemands à 10 ans (0,40 %) avec des rendements plus élevés ailleurs. En théorie, cet avantage devrait soutenir l’euro, mais les analystes estiment que cet effet reste limité dans le temps.

Peter Kinsella, responsable de la stratégie de change chez UBP, anticipe lui aussi un renforcement du franc suisse. Il prévoit un taux de change autour de 0,91 franc pour un euro d’ici la fin juin, 0,90 franc d’ici la fin de l’année et 0,89 franc en mars 2027. Dans le même temps, il s’attend à une dépréciation du dollar face au franc, avec un taux projeté à 0,74 franc à cet horizon.

La volatilité du marché des changes constitue un autre facteur déterminant. Actuellement relativement faible, elle ne justifie pas d’intervention immédiate de la BNS. La banque centrale pourrait toutefois agir de manière ciblée si les mouvements devenaient trop brusques. En cas de dépréciation progressive de l’euro, comme observé actuellement, les autorités monétaires devraient rester en retrait.

Au-delà des aspects techniques, le franc suisse continue de bénéficier de son statut de valeur refuge. Dans un contexte international incertain, marqué par des tensions géopolitiques et des perspectives économiques contrastées, les investisseurs privilégient les actifs jugés sûrs. Cette tendance soutient la monnaie helvétique sur le long terme.

Certains analystes estiment néanmoins que d’autres devises pourraient tirer leur épingle du jeu. La couronne norvégienne, soutenue par le secteur énergétique et des fondamentaux solides, ou encore le dollar australien, porté par des taux d’intérêt attractifs, pourraient offrir des alternatives. Malgré cela, le franc suisse conserve une position centrale, notamment grâce à la solidité de l’économie nationale et à une demande intérieure robuste.

Dans ce contexte, l’évolution du taux de change entre l’euro et le franc reste étroitement surveillée. Entre stratégie des marchés et positionnement de la BNS, la monnaie suisse pourrait continuer de se renforcer, avec des effets concrets pour l’économie et les acteurs financiers.

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