Argent du Golfe : pourquoi ce petit canton suisse attire soudain toutes les grandes fortunes ?

Face aux tensions au Moyen-Orient, un canton suisse discret devient un refuge convoité des ultra-riches étrangers, malgré des obstacles bien réels.

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Argent du Golfe : pourquoi ce petit canton suisse attire soudain toutes les grandes fortunes ? : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Un canton situé au cœur de la Suisse centrale attire une attention croissante bien au-delà des frontières européennes. Face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, de nombreux investisseurs fortunés cherchent à sécuriser leurs actifs dans des juridictions stables. 

Cette dynamique profite aujourd’hui à ce territoire de seulement 135 000 habitants, déjà réputé pour son écosystème financier et ses activités liées aux matières premières. L’évolution récente confirme le rôle de la Suisse comme valeur refuge dans un contexte international incertain.

Un afflux d’investisseurs du Golfe porté par les tensions géopolitiques

Depuis plusieurs mois, Zoug enregistre une hausse marquée des demandes émanant d’investisseurs basés dans le Golfe, en particulier à Dubaï, selon un article publié par le média américian Financial Times ce dimanche. Selon Heinz Tännler, directeur financier du canton, cet intérêt s’est intensifié après le déclenchement de la guerre impliquant l’Iran. « Nous constatons une augmentation des demandes de renseignements », indique-t-il, reconnaissant que la situation internationale joue un rôle direct dans cette attractivité.

Ce mouvement concerne différents profils: particuliers fortunés, family offices et entreprises. Beaucoup évoluent dans les secteurs des matières premières ou de la finance, des domaines où la Suisse dispose déjà d’une solide réputation. Pour ces acteurs, il s’agit avant tout de trouver une base européenne stable, capable d’offrir sécurité juridique et prévisibilité économique.

Les professionnels de la gestion de fortune confirment cette tendance. Pierre Gabris, fondateur d’Alpen Partners, souligne que Zoug figure presque systématiquement parmi les premières options envisagées par ses clients. « Tout le monde connaît Zoug, même ceux qui n’y ont jamais mis les pieds », explique-t-il. Cette notoriété repose notamment sur le rôle historique du canton dans le négoce international et sur son positionnement dans les nouvelles technologies, avec la présence de nombreuses entreprises liées aux cryptomonnaies.

L’impact de cet afflux se fait également sentir sur le marché du travail et dans le secteur bancaire. Un banquier privé évoque une multiplication par quatre des candidatures de chargés de clientèle issues de banques américaines depuis le début du conflit. Cette pression accrue traduit une réorganisation plus large des activités financières, avec un déplacement progressif de certains talents vers la Suisse.

Une attractivité réelle, mais freinée par des contraintes d’installation

Malgré cet engouement, s’installer à Zoug reste un défi, y compris pour des profils fortunés. Le principal obstacle concerne le logement. Le marché immobilier local est sous forte tension, avec une offre extrêmement limitée. Les biens disponibles sont souvent loués en quelques jours, et la concurrence est particulièrement intense. Un témoignage relatéé par Swissinfo illustre cette situation : lors d’une visite pour un appartement de deux pièces, la file d’attente faisait le tour du pâté de maisons, avec des candidats venus spécialement de Dubaï.

Les conditions d’accès au territoire constituent un autre frein. Si les citoyens de l’Union européenne bénéficient d’une certaine liberté de circulation, ils doivent néanmoins remplir des critères précis, comme disposer d’un emploi ou créer une entreprise. Pour les ressortissants de pays tiers, les exigences sont plus strictes. L’obtention d’un permis de séjour passe généralement par une activité économique ou par des accords fiscaux spécifiques.

Ces accords, connus sous le nom de forfaits fiscaux, permettent à certains résidents de payer un impôt basé sur leurs dépenses plutôt que sur leurs revenus. Bien qu’attractifs, ils nécessitent des négociations avec les autorités cantonales et ne garantissent pas l’accès aux zones les plus recherchées. « On ne peut pas simplement arriver, même avec un passeport européen », rappelle Anja Beck, associée chez Engel & Völkers à Zoug.

Face à ces contraintes, d’autres régions suisses commencent à capter une partie de la demande. Le canton du Tessin, et notamment la ville de Lugano, voit ainsi croître l’intérêt des expatriés installés à Dubaï. Contrairement à Zoug, le marché immobilier y offre encore des disponibilités, avec environ 300 biens sur le marché selon des agents locaux. Cette alternative attire des profils variés, allant des Européens aux Suisses expatriés, en passant par des investisseurs internationaux.

Cette redistribution de la demande illustre une tendance plus large. La Suisse, dans son ensemble, bénéficie d’un regain d’intérêt comme destination de repli pour les capitaux internationaux. Zoug en reste l’épicentre, mais la pression actuelle pourrait redessiner l’équilibre entre les cantons dans les années à venir.

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