L’été 2026 laisse déjà des traces très visibles dans les paysages suisses. En plein mois d’août, certains arbres brunissent et perdent leurs feuilles plusieurs semaines plus tôt que prévu.
Cette réaction ne signifie pas forcément qu’ils sont condamnés, mais elle révèle un stress important provoqué par la chaleur et la sécheresse. Et les prochaines semaines pourraient offrir un contraste saisissant, avec une météo plus humide tout en restant relativement douce.
Les arbres perdent leurs feuilles bien avant l’automne
Dans plusieurs régions, le décor commence déjà à prendre des airs d’octobre. Hêtres, tilleuls et bouleaux figurent parmi les espèces qui montrent des signes précoces de décoloration et de chute des feuilles. Même certains chênes, pourtant réputés plus résistants au manque d’eau, sont touchés.
Yann Vitasse, chercheur en écologie forestière à l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), explique que le phénomène observé actuellement est très différent du changement de couleur automnal habituel, relève Blick.
Les feuilles qui sèchent ou tombent en juillet et en août réagissent surtout au stress provoqué par la combinaison de températures élevées, d’un sol asséché et d’un rayonnement solaire intense.
Pour l’arbre, cette perte précoce peut même constituer une stratégie de survie. En réduisant sa surface foliaire, il limite ses besoins en eau jusqu’au retour de conditions plus favorables.
Cette protection a toutefois un coût. Lorsque les feuilles disparaissent plusieurs semaines trop tôt, la photosynthèse s’arrête également plus rapidement. L’arbre produit moins de sucres, ralentit sa croissance et peut constituer moins de réserves avant l’hiver.
La plupart des individus les plus robustes devraient repartir normalement au printemps. D’autres pourraient toutefois présenter davantage de branches mortes ou devenir plus vulnérables aux parasites et aux maladies au cours des prochaines années.
Un automne doux mais potentiellement beaucoup plus humide
Après des mois de manque d’eau, la météo pourrait justement changer de registre.
Les températures devraient rester globalement douces au cours des prochaines semaines, sans pour autant reproduire les longues canicules de l’été. Avec l’avancée de la saison et l’allongement des nuits, les périodes dépassant durablement les 30°C deviendront naturellement beaucoup plus difficiles.
Quelques journées très chaudes restent possibles, mais les grands dômes de chaleur estivaux devraient progressivement disparaître.
Le principal changement pourrait plutôt venir des précipitations. Nicolas Borgognon, météorologue chez MétéoNews, estime que les eaux très chaudes de la Méditerranée pourraient fournir beaucoup d’humidité à l’atmosphère. Entre la mi-septembre et la mi-novembre, certaines situations météo pourraient alors favoriser des épisodes pluvieux importants.
Le bassin méditerranéen serait particulièrement exposé et le Tessin pourrait lui aussi être concerné par certains épisodes. Au nord des Alpes, la situation pourrait être différente selon la trajectoire des perturbations.
Il ne s’agit toutefois pas d’une prévision certaine plusieurs semaines à l’avance. À cette échéance, les modèles permettent surtout d’identifier des tendances et des scénarios possibles.
La pluie pourrait reverdir rapidement les paysages
Après un été qui a laissé de nombreuses prairies jaunes ou brunies, des pluies régulières pourraient rapidement transformer l’apparence du pays.
L’humidité en surface est la première à pouvoir se reconstituer. Avec plusieurs épisodes pluvieux répartis sur plusieurs semaines, les pelouses et les prairies pourraient donc retrouver assez vite leur couleur verte.
Le véritable enjeu se situe plus profondément dans les sols. Une succession de pluies durables serait nécessaire pour commencer à combler le déficit accumulé au cours des derniers mois et redonner aux arbres des réserves suffisantes avant l’hiver.
C’est surtout la répétition des sécheresses qui inquiète les spécialistes. Un arbre adulte peut généralement supporter une année difficile et récupérer ensuite si les conditions redeviennent favorables. Mais lorsque les épisodes extrêmes reviennent plusieurs années de suite, le temps disponible pour récupérer se réduit.
À long terme, ces changements pourraient même modifier progressivement les forêts suisses. Le hêtre et l’épicéa pourraient rencontrer davantage de difficultés à basse altitude, particulièrement dans les zones chaudes aux sols peu profonds. À l’inverse, certaines espèces de chênes mieux adaptées au manque d’eau pourraient prendre davantage de place.
L’automne 2026 pourrait donc présenter un visage inhabituel : des arbres déjà partiellement dénudés après l’été, des températures encore douces et, peut-être, un retour marqué des précipitations. Pour les forêts, ces pluies seraient surtout l’occasion de commencer à reconstituer des réserves d’eau devenues particulièrement précieuses.








