Le plein coûte enfin un peu moins cher en Suisse, mais les automobilistes auraient tort de crier victoire trop vite. À l’approche des grands départs estivaux, plusieurs tensions commencent à secouer le marché des carburants.
Les premières hausses pourraient apparaître rapidement dans les stations-service. Et même les enseignes connues pour leurs petits prix ne devraient pas être épargnées.
Le Rhin trop bas fait déjà grimper la facture
Depuis plusieurs semaines, les prix affichés à la pompe ont offert un léger répit aux conducteurs. Le litre de sans-plomb 95 s’établissait en moyenne à 1,81 franc au 24 juin, contre 1,91 franc à la fin du mois de mai. Le diesel est passé de 2,12 francs à 1,98 franc sur la même période, selon les données du Touring Club Suisse.
Une baisse plutôt bienvenue avant les vacances. Mais derrière cette accalmie, les coûts d’approvisionnement repartent déjà dans la mauvaise direction.
Le problème vient notamment du Rhin. Le faible niveau de l’eau complique le transport des marchandises et renchérit la navigation fluviale. Selon les chiffres du TCS cités par Blick, les tarifs de fret sur le fleuve ont plus que doublé depuis le 11 juin, passant de 33,50 à 68,50 francs par tonne.
Cette envolée n’est pas sans conséquence pour les stations-service suisses, qui dépendent en partie de ces voies de transport pour leur approvisionnement. Marco Wölfli, porte-parole du TCS, estime que la hausse des frais de navigation peut déjà ajouter environ 2,5 centimes au prix d’un litre d’essence à la pompe.
Quelques centimes peuvent sembler anecdotiques. Sur un plein de 50 litres, la différence commence pourtant à se voir. Et surtout, les frais de transport ne sont pas le seul nuage qui s’accumule au-dessus du marché.
Michael Knobel, qui exploite les stations-service à bas prix Etzelpark, affirme déjà payer son essence et son diesel plus cher. Il prévoit donc de relever prochainement les tarifs dans ses dix stations. Une mauvaise nouvelle pour les automobilistes habitués à chercher les pompes les moins chères.
Le retour de la hausse ne serait donc pas simplement lié au début des vacances ou à une soudaine ruée vers les stations-service. Cette fois, la pression vient directement des conditions d’approvisionnement.
Même les stations bon marché se préparent à relever leurs prix
Un autre problème commence à inquiéter les professionnels : la capacité des raffineries à fournir suffisamment d’essence, de diesel et de fioul. Une offre plus serrée peut rapidement tendre le marché et pousser les prix vers le haut.
À cela s’ajoute le cours du dollar, qui évolue au-dessus de 80 centimes de franc. Comme une grande partie du pétrole et des produits pétroliers se négocie en dollars, les mouvements de la devise américaine peuvent peser sur la facture des importateurs suisses.
Pour Michael Knobel, le marché se dirige vers une situation de pénurie. Son constat est suffisamment préoccupant pour qu’il annonce déjà des augmentations dans son propre réseau. Socar reste plus prudent sur l’ampleur exacte du mouvement, mais reconnaît que les prix devraient repartir à la hausse et que leur évolution dépendra fortement du marché international.
Le diesel semble particulièrement nerveux. Ces derniers mois, ses prix ont connu des mouvements plus marqués que ceux de l’essence, aussi bien à la hausse qu’à la baisse.
Reste une question pour les Suisses qui s’apprêtent à prendre la route des vacances : faut-il attendre de passer la frontière pour faire le plein ?
La réponse dépend largement de la destination. Les relevés européens du TCS, actualisés à des dates différentes en juin, montrent des prix assez proches en France et en Italie. L’Autriche et l’Allemagne affichaient en revanche des tarifs moyens inférieurs à ceux pratiqués en Suisse. Le TCS rappelle toutefois que ses comparaisons internationales sont mises à jour mensuellement et que les prix peuvent évoluer de quelques centimes entre deux relevés.
Faire des kilomètres uniquement pour trouver une station moins chère n’est d’ailleurs pas toujours rentable. Le TCS applique une règle simple : pour un plein d’environ 50 litres, un détour de plus de cinq kilomètres vaut rarement la peine si l’économie est inférieure à cinq centimes par litre.
Pour les automobilistes suisses, le timing pourrait donc être mauvais. Après une baisse sensible en juin, la facture risque de repartir dans l’autre sens au moment même où les voitures se remplissent pour les grands départs. Le calme à la pompe pourrait bien n’avoir été qu’une courte pause.








