La Suisse demeure l’un des pays les plus riches du monde. Selon la nouvelle étude mondiale d’UBS sur le patrimoine, elle occupe à nouveau la première place du classement du patrimoine moyen par adulte.
Mais cette moyenne donne une image trompeuse de la situation. Les grandes fortunes tirent fortement le chiffre vers le haut, tandis que le patrimoine médian, plus représentatif de la majorité des adultes, diminue.
Une richesse moyenne impressionnante, mais très concentrée
Selon le Global Wealth Report d’UBS, le patrimoine moyen par adulte en Suisse atteint 910’382 dollars américains en 2026, soit environ 736’883 francs. L’année précédente, il s’élevait encore à 563’476 francs. En un an, la progression atteint donc près de 30%.
Ce chiffre confirme la place très particulière de la Suisse dans les classements internationaux. Le pays reste en tête pour la richesse moyenne par adulte, devant les autres grandes économies développées.
Mais la moyenne ne dit pas tout. Elle peut être fortement influencée par les patrimoines les plus élevés. Dans un pays qui compte de nombreux millionnaires, des biens immobiliers très chers et d’importants avoirs financiers, quelques très grandes fortunes suffisent à faire grimper le résultat général.
UBS calcule le patrimoine net en tenant compte des actifs financiers, comme les comptes bancaires, les actions ou les obligations, mais aussi des avoirs de caisse de pension et des biens immobiliers. Les dettes, comme les hypothèques ou les crédits, sont ensuite déduites.
Dès 117’816 francs, un adulte entre dans la moitié supérieure
Pour mieux comprendre la situation réelle de la population, il faut regarder le patrimoine médian. Cette valeur sépare les adultes en deux groupes égaux : la moitié dispose d’un patrimoine inférieur, l’autre moitié d’un patrimoine supérieur.
En Suisse, ce patrimoine médian atteint 145’555 dollars, soit environ 117’815 francs. Autrement dit, une personne qui possède plus de 117’815 francs de patrimoine net appartient déjà à la moitié la plus aisée des adultes vivant dans le pays.
Ce chiffre reste élevé en comparaison internationale. Pourtant, il marque un recul par rapport à l’année précédente, où le patrimoine médian atteignait environ 149’000 francs. En clair, la richesse moyenne progresse fortement, mais le patrimoine de la majorité des adultes baisse.
Ce contraste est le cœur du problème. La Suisse s’enrichit statistiquement, mais cet enrichissement ne profite pas de manière uniforme. Les plus grandes fortunes continuent de tirer les indicateurs vers le haut, tandis qu’une partie importante de la population voit sa situation patrimoniale se fragiliser.
La Suisse seulement huitième pour le patrimoine médian
Le classement change nettement lorsque l’on passe de la moyenne à la médiane. Avec son patrimoine moyen très élevé, la Suisse reste première. Mais pour le patrimoine médian, elle ne se situe qu’au huitième rang mondial.
Cette différence montre l’importance des inégalités patrimoniales. Un pays peut afficher une richesse moyenne spectaculaire tout en ayant une majorité d’habitants beaucoup moins fortunés que ce que laisse penser le chiffre global.
La situation suisse s’explique notamment par le poids de l’immobilier, des caisses de pension et des placements financiers. Ceux qui possèdent un bien immobilier ou des actifs bien valorisés profitent fortement de la hausse des marchés. Ceux qui n’ont pas accès à ces leviers restent davantage exposés à la hausse du coût de la vie, aux loyers et à la difficulté d’épargner.
Le résultat est paradoxal : la Suisse apparaît comme un pays très riche dans les classements internationaux, mais le patrimoine “typique” de ses habitants progresse moins vite, voire recule, comme l’indique 20Minutes.
Dans le monde, les millionnaires continuent de se multiplier
La tendance ne concerne pas seulement la Suisse. À l’échelle mondiale, les patrimoines ont progressé de plus de 10%, soit la plus forte hausse depuis 2017. UBS attribue cette progression à la solidité des marchés financiers et à la hausse de la valeur des actifs réels.
En 2025, le nombre de millionnaires en dollars a augmenté de près d’un million de personnes. Cela représente plus de 2600 nouveaux millionnaires par jour. Les États-Unis concentrent la plus grande part de ces fortunes, tandis que la Chine continentale continue de jouer un rôle majeur dans la richesse privée mondiale.
Les États-Unis et la Chine détiennent ensemble plus de la moitié du patrimoine privé mondial. Cette domination illustre la concentration croissante de la richesse dans quelques grandes économies.
Iqbal Khan, coprésident d’UBS Global Wealth Management, résume cette évolution en soulignant que le patrimoine mondial est de plus en plus façonné par les conditions économiques, les transformations technologiques et les nouvelles opportunités de marché.
Une bonne place mondiale, mais un signal d’alerte social
Pour la Suisse, le rapport d’UBS confirme donc deux réalités à la fois. Le pays reste extrêmement riche sur le papier, avec un patrimoine moyen par adulte hors norme. Mais la baisse du patrimoine médian rappelle que la majorité des adultes ne suit pas nécessairement le rythme des plus grandes fortunes.
Cet écart peut nourrir un sentiment de décalage. Quand les classements montrent une Suisse toujours plus riche, une partie de la population peut, elle, avoir l’impression inverse : épargne plus difficile, accès à la propriété plus compliqué, coûts fixes plus lourds.
La question n’est donc pas seulement de savoir si la Suisse est riche. Elle l’est. La vraie question est de savoir comment cette richesse est répartie, et si la majorité des habitants parvient encore à en profiter.








