Alors que de moins en moins de Français utilisent le gaz pour se chauffer ou cuisiner, les coûts fixes du réseau restent inchangés. Cette situation pourrait peser lourdement sur les factures des abonnés restants et accentuer les inégalités dans les années à venir.
Mercredi 1er juillet, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a publié un rapport sur l’avenir des infrastructures gazières jusqu’en 2050. Selon le régulateur, un phénomène appelé « effet ciseau » est en train de se dessiner. Concrètement, il décrit une situation où deux variables évoluent en sens inverse : le nombre d’abonnés au gaz diminue tandis que les coûts fixes du réseau restent constants, voire augmentent. Sur un graphique, les courbes s’écartent progressivement, formant la silhouette d’une paire de ciseaux.
Actuellement, environ 10,5 millions de foyers utilisent encore le gaz, contre 11,17 millions en 2021. La tendance devrait se poursuivre. Les infrastructures gazières – canalisations, stations de compression, maintenance – ne peuvent pas être réduites à la même vitesse que le nombre d’abonnés. Résultat : chaque foyer restant devra supporter une part plus importante des coûts du réseau, même si sa consommation personnelle baisse.
Des hausses annuelles qui s’annoncent lourdes
Selon la CRE, dans le scénario de décroissance rapide de la consommation, les charges liées au réseau pourraient augmenter de 3,5 % par an hors inflation, et ce jusqu’en 2050. Cette projection ne prend pas en compte le prix du gaz sur les marchés internationaux, qui pourrait encore accentuer la hausse des factures. Même dans un scénario plus modéré, les abonnés restants devront assumer une partie disproportionnée des coûts fixes, créant un véritable effet ciseau tarifaire.
Quels foyers seront les plus touchés par la hausse des prix du gaz ?
L’effet ciseau touchera particulièrement les ménages les plus précaires. Ceux qui peuvent facilement passer à l’électricité ou à une pompe à chaleur sont souvent propriétaires et disposent d’une maison individuelle. Les locataires de logements collectifs, eux, ont peu de marge pour changer de système de chauffage. Ces foyers se retrouvent donc captifs du gaz et subiront les hausses de prix sans pouvoir réagir.
La CRE alerte sur la nécessité de répartir équitablement les charges entre consommateurs actuels et futurs pour limiter les injustices sociales. Si rien n’est fait, le gaz risque de devenir un facteur supplémentaire de fracture énergétique, accentuant les inégalités entre ménages aisés et ménages modestes.
L’effet ciseau montre ainsi que les coûts structurels du gaz vont continuer à peser sur les foyers restants, et que les politiques publiques devront anticiper cette évolution pour protéger les consommateurs les plus vulnérables.








