Un vaste changement climatique est en cours dans l’océan Pacifique et il est suivi de près par les météorologues du monde entier. Après une période dominée par La Niña, le phénomène inverse, El Niño est en train de s’installer. Ce basculement pourrait influencer la circulation atmosphérique mondiale et modifier certaines tendances météorologiques durant l’hiver 2026-2027. Toutefois, les spécialistes appellent à la prudence : El Niño ne permet pas de prévoir avec certitude la météo d’un pays plusieurs mois à l’avance.
Selon les organismes météorologiques internationaux, l’épisode actuel pourrait devenir particulièrement marqué. Météo France indique que les modèles envisagent un épisode pouvant atteindre une intensité forte à très forte d’ici la fin de l’année 2026, tandis que les prévisions américaines du Climate Prediction Center (NOAA) estiment à 81 % la probabilité d’un El Niño très fort entre octobre et décembre 2026.
Un réchauffement du Pacifique qui influence le climat mondial
El Niño correspond à un réchauffement anormal des eaux de surface du Pacifique équatorial, principalement dans sa partie centrale et orientale. Ce phénomène modifie les échanges entre l’océan et l’atmosphère, ce qui peut perturber les vents, les précipitations et les trajectoires des systèmes météorologiques à grande échelle.
À l’inverse, La Niña est associée à des eaux plus froides dans cette région. Depuis plusieurs mois, les conditions océaniques évoluent progressivement vers une phase chaude. Les dernières données indiquent notamment une hausse de l’indice Niño-3.4, utilisé pour suivre l’intensité du phénomène. Le Climate Prediction Center américain signalait récemment une anomalie positive supérieure à +1 °C sur une large zone du Pacifique équatorial central et oriental.
L’impact d’El Niño varie fortement selon les régions du globe. En Amérique du Sud, en Amérique du Nord ou dans certaines zones tropicales, ses effets peuvent être plus directs avec des modifications importantes des pluies ou des températures. En Europe, son influence existe, mais elle est généralement plus faible et indirecte.
Comme l’expliquent les spécialistes, El Niño agit notamment sur la circulation atmosphérique en altitude, avec des conséquences possibles sur le courant-jet, cette bande de vents rapides qui influence la trajectoire des dépressions entre l’Atlantique et l’Europe.
Un hiver doux ou un retour du froid ?
La grande question concerne désormais l’hiver 2026-2027. Un épisode El Niño est souvent associé à des hivers plutôt doux en Europe centrale, mais cette relation n’est pas systématique. Le phénomène ne suffit pas à lui seul à déterminer les températures de décembre, janvier ou février. « Nous sommes à la croisée des chemins », résume Dominik Jung, météorologue cité par Tamétéo. « L’interrupteur a basculé. Il reste maintenant à savoir dans quelle direction nous allons », ajoute-t-il.
Le principal élément d’incertitude concerne le vortex polaire, une vaste circulation d’air froid située au-dessus de l’Arctique. Lorsqu’il reste stable, l’air glacial demeure généralement confiné autour du pôle. Mais en cas de perturbation majeure, notamment lors d’un réchauffement soudain de la stratosphère, de l’air froid peut descendre vers les latitudes moyennes et provoquer des épisodes hivernaux rigoureux.
Les scientifiques étudient encore le lien exact entre El Niño et ces perturbations du vortex polaire. Un épisode El Niño intense peut modifier les probabilités de certains scénarios, mais il ne permet pas d’annoncer plusieurs mois à l’avance une vague de froid ou un hiver particulièrement doux.
Pour la France et l’Europe, il faudra donc attendre les prochaines actualisations des modèles saisonniers. Les premiers signaux montrent un Pacifique en phase de transformation, mais la météo de l’hiver prochain dépendra aussi d’autres facteurs atmosphériques, notamment l’état du courant-jet, du vortex polaire et des températures de l’Atlantique. Une chose est toutefois déjà établie : El Niño pourrait contribuer à maintenir des températures mondiales élevées en 2026-2027, en s’ajoutant au réchauffement climatique de long terme.








