Le 24 juillet prochain sera, comme chaque année, consacré à la « journée du travailleur en équipes et de nuit », une initiative portée par la FGTB pour mettre en lumière des métiers souvent invisibles mais essentiels. En 2025, cette journée prend une résonance particulière alors que le gouvernement fédéral annonce des réformes perçues comme un durcissement majeur des conditions de fin de carrière.
Le syndicat socialiste belge dénonce une attaque contre les droits des travailleurs les plus exposés à la pénibilité. Les travailleurs de nuit et en horaires décalés, déjà éprouvés par leur rythme de vie, redoutent un avenir professionnel de plus en plus incertain.
Une réforme qui frappe les plus usés : les travailleurs de nuit en première ligne
Pour la FGTB, les mesures annoncées par le gouvernement De Wever pour ses positions jugées ultra-libérales risquent de porter un coup sévère aux travailleurs en équipes et de nuit. Ce sont eux qui assurent la continuité du service dans l’industrie, les soins de santé, la logistique ou encore les transports. Le slogan de cette année, « Où est la sortie ? », résume une angoisse grandissante face à la perspective d’une retraite de plus en plus lointaine et difficilement accessible.
Parmi les réformes dénoncées figurent la suppression des RCC (régime de chômage avec complément d’entreprise, ex-prépension), la prolongation des carrières, le durcissement de l’accès au crédit-temps et la non-reconnaissance de certaines périodes assimilées, cite Sudinfo. Ces dispositifs constituaient jusqu’ici des moyens pour ces travailleurs d’adoucir leur fin de parcours professionnel, souvent marqué par l’usure physique et mentale. Le travail de nuit, rappelle la FGTB, engendre des troubles du sommeil, des problèmes cardiovasculaires, ainsi qu’un décalage profond avec la vie sociale et familiale. Le syndicat souligne aussi que la suppression du RCC spécifique au travail de nuit prive ces salariés d’un des rares dispositifs adaptés à leur réalité.
Ce changement de cap politique est perçu comme une rupture brutale dans la gestion des carrières longues et pénibles. La FGTB multiplie donc les actions pour sensibiliser l’opinion et mobiliser les travailleurs concernés. L’enjeu dépasse la simple contestation syndicale : il s’agit, selon l’organisation, d’une remise en cause du contrat social qui garantit à chacun une fin de carrière digne.
Une campagne nationale et une enquête pour faire entendre les voix invisibles
Dans ce contexte tendu, la FGTB a lancé une campagne de terrain, à travers affiches, témoignages et actions locales, pour donner la parole aux premiers concernés. L’objectif est double : visibiliser la réalité de ces métiers invisibles et influencer le débat politique. Le choix du 24 juillet, date symbolique — 24/7 — souligne l’implication continue de ces travailleurs dans le fonctionnement de l’économie belge.
Une enquête nationale lancée par le syndicat a déjà recueilli 3.500 réponses, apportant un éclairage précieux sur le vécu des salariés en horaires décalés. Le site internet dédié permet aussi de publier des témoignages personnels sur les impacts concrets des réformes. Il en ressort une colère sourde, mêlée de fatigue et d’incompréhension : nombreux sont ceux qui ne voient « plus le bout » de leur carrière. Le sentiment de ne pas être entendus domine, alors même que ces professions sont indispensables au bon fonctionnement de la société, y compris durant les périodes de crise.
La FGTB promet de publier les résultats détaillés de cette enquête en juillet, lors d’une conférence de presse programmée autour de la journée d’action. Elle entend aussi interpeller les autorités fédérales pour demander le maintien de dispositifs spécifiques aux métiers pénibles et la reconnaissance institutionnelle du travail de nuit comme une forme de pénibilité professionnelle avérée.
Alors que les discussions politiques sur les pensions et les carrières s’intensifient, le syndicat souhaite faire entendre la voix d’une catégorie de travailleurs souvent oubliée des grandes réformes. En lançant cette mobilisation, il s’agit pour la FGTB de défendre une vision du travail plus humaine, où l’usure professionnelle ne serait pas synonyme d’injustice sociale.








