La Belgique voit le commerce illégal de cigarettes prendre de l’ampleur, au point de représenter désormais une part importante de la consommation nationale. Ce phénomène, pointé du doigt par les industriels du tabac, soulève de vives inquiétudes. Derrière ces chiffres, se joue un bras de fer entre fiscalité, santé publique et marché noir.
Selon la fédération belgo-luxembourgeoise des fabricants de cigarettes, Cimabel, 34,6 % des cigarettes fumées au premier semestre 2025 n’ont pas été achetées légalement, contre 26,9 % un an plus tôt. Parmi elles, 2,9 % sont des contrefaçons, un chiffre qui a triplé en six mois. Cette hausse spectaculaire s’expliquerait principalement par la fiscalité appliquée au tabac. En quelques années, le prix du paquet est passé de 6,39 euros à 10,57 euros, poussant de nombreux fumeurs à se tourner vers des produits bien moins chers issus du marché noir.
Les circuits illégaux s’organisent à grande échelle, avec des approvisionnements venant en majorité de Bulgarie (45,4 %), du Luxembourg (14,7 %) et de Turquie (7,8 %). Ces origines, peu liées au tourisme, laissent penser à des filières structurées qui alimentent un trafic transfrontalier régulier. Cimabel salue les efforts des douanes belges mais estime que la lutte restera limitée tant que la politique fiscale ne sera pas repensée.
L’organisation appelle ainsi à une révision urgente des accises, jugeant que leur hausse continue ne parvient ni à réduire la consommation ni à protéger les recettes de l’État, et qu’elle renforce au contraire les gains des réseaux criminels.
Vers un ajustement des taxes sur les cigarettes ?
Toutefois, la méthodologie de l’étude fait débat. Luk Joossens, expert à la Fondation contre le cancer, rappelle que les chiffres proviennent d’analyses de paquets vides collectés dans des zones spécifiques comme Anderlecht, Schaerbeek ou Bruxelles-Centre, ce qui pourrait biaiser les résultats. Selon lui, d’autres communes comme Uccle ou Woluwe afficheraient des proportions bien inférieures. Cimabel répond que son enquête s’appuie sur un échantillon élargi couvrant 18 villes et communes du pays.
Face à cette situation, le gouvernement devra trancher entre deux approches : maintenir une fiscalité dissuasive pour des raisons de santé publique, ou ajuster les taxes pour réduire l’attrait du marché noir et préserver les recettes fiscales.








