La limitation des allocations de chômage en Belgique bouleverse le quotidien des personnes concernées. Derrière les débats sur le retour à l’emploi, une nouvelle étude révèle des situations financières fragiles et des parcours professionnels marqués par la précarité. Pour certains ménages, les difficultés touchent désormais l’alimentation et les soins de santé.
Une enquête réalisée par l’UCLouvain à la demande du syndicat CSC, auprès de 773 personnes concernées par la limitation dans le temps des allocations de chômage, révèle que 96 % des répondants éprouvent des difficultés à boucler leurs fins de mois après leur exclusion, contre 61 % auparavant. Publiée en octobre 2026 et relayée par Belga, cette étude montre également que la majorité des personnes interrogées ont travaillé récemment ou recherchent activement un emploi.
Exclusion du chômage : 87 % des répondants ont travaillé récemment ou cherchent un emploi
L’un des principaux enseignements de l’enquête concerne le profil des personnes exclues du chômage. Contrairement à l’image de bénéficiaires qui ne souhaiteraient pas travailler, 87 % des 773 répondants ont exercé une activité au cours des douze derniers mois et/ou recherchent un emploi. À l’inverse, 12,6 % déclarent ne pas avoir travaillé récemment et ne pas rechercher activement un poste.
Les chercheurs décrivent ainsi une réalité éloignée du stéréotype du demandeur d’emploi qui profiterait volontairement du système, un profil qui « ne concerne qu’un nombre très restreint de cas », selon l’étude. Les parcours professionnels restent néanmoins fragiles. 51 % des personnes interrogées ont exercé au moins une activité professionnelle ou apparentée durant l’année précédant l’enquête.
Parmi les répondants, 10 % ont effectué des prestations dans le cadre des agences locales pour l’emploi (ALE). Une proportion identique a travaillé en intérim. Le bénévolat concerne 7 % des personnes interrogées, tout comme les contrats à durée déterminée à temps partiel. Enfin, 3 % déclarent avoir exercé une activité non déclarée. Ces chiffres décrivent des « trajectoires d’emploi peu stabilisées », selon les chercheurs.
Ils montrent qu’une partie des personnes concernées alternent entre périodes d’activité et recherche d’emploi, sans parvenir à décrocher un contrat durable. L’accès à un contrat à durée indéterminée (CDI) apparaît particulièrement difficile dans les parcours étudiés. L’enquête ne prouve pas que la limitation des allocations explique à elle seule ces difficultés d’insertion. Elle montre néanmoins que la reprise d’une activité ne se traduit pas nécessairement par une stabilisation professionnelle.
Fin de mois, alimentation et soins : la précarité progresse après l’exclusion du chômage
Les conséquences financières décrites par les répondants sont particulièrement marquées. Avant leur exclusion, 61 % déclaraient déjà rencontrer des difficultés pour terminer le mois. Après la perte des allocations, cette proportion atteint 96 %, soit une augmentation de 35 points de pourcentage. Les femmes semblent particulièrement exposées aux difficultés financières les plus sévères.
71 % des répondantes indiquent boucler leurs fins de mois « très difficilement », contre 66 % des hommes. La dégradation du budget se traduit également par des restrictions dans la vie quotidienne. Ainsi, 90 % des personnes interrogées déclarent limiter leurs loisirs et leurs vacances, ou envisager de le faire. Plus préoccupant, 60 % affirment avoir déjà reporté des soins de santé ou envisager un tel report pour des raisons financières.
L’alimentation est également concernée : 27 % des répondants déclarent ne pas manger à tous les repas. Ces résultats montrent que la perte des allocations peut s’accompagner de privations dépassant largement les dépenses considérées comme secondaires.









