Les discussions autour du budget fédéral 2026 prennent un tournant sensible. Le Premier ministre Bart De Wever (N-VA) a remis sur la table l’idée d’un saut d’index, une mesure qui suspendrait temporairement l’indexation automatique des salaires, pensions et allocations. Si elle soulagerait les entreprises, elle pèserait directement sur le pouvoir d’achat des ménages.
La coalition dite Arizona cherche au moins 10 milliards d’euros d’économies d’ici 2030 pour contenir un déficit public qui atteint déjà 26,6 milliards d’euros et pourrait grimper à 39 milliards sans action. Bart De Wever a mené une série d’entretiens avec ses vice-premiers et présidents de parti pour identifier les pistes possibles de réduction des dépenses. Le saut d’index fait partie de ces scénarios, bien qu’aucune décision officielle n’ait encore été prise.
Une mesure contestée aux effets immédiats sur le portefeuille des Belges
En Belgique, les revenus sont automatiquement indexés lorsque l’inflation franchit un certain seuil. Suspendre cette indexation, même une seule fois, reviendrait à geler les salaires et allocations alors que le coût de la vie continue d’augmenter. Concrètement, la majorité des travailleurs et des pensionnés verraient leur pouvoir d’achat diminuer.
Cette mesure ne générerait pas directement de recettes pour l’État, mais elle pourrait améliorer la compétitivité des entreprises, en particulier face à leurs concurrentes étrangères, qui ne connaissent pas d’indexation automatique. Elle avait déjà été appliquée sous le gouvernement Michel I en 2015, au prix d’une vive opposition syndicale.
Une proposition hautement politique
Dans un climat social déjà tendu, un saut d’index risque d’attiser les tensions. Les partis Vooruit et CD&V, attachés à la défense du pouvoir d’achat, s’y opposent fermement. Les syndicats menacent déjà d’une grève générale le 14 octobre, redoutant une nouvelle austérité sociale.
À droite, le MR et la N-VA y voient plutôt un levier économique pour réduire la pression sur les entreprises et stabiliser les finances publiques sans augmenter les taxes. Georges-Louis Bouchez réaffirme son rejet de tout nouvel impôt et plaide pour une réduction des dépenses plutôt que pour une hausse des prélèvements.
Rassurer l’Europe et les marchés
Derrière ces débats internes, la Belgique doit rassurer les institutions européennes. Pour respecter la norme de dépenses fixée par Bruxelles, le gouvernement doit impérativement réduire ses dépenses. L’objectif de Bart De Wever est aussi de préserver la note de crédit du pays, menacée d’un abaissement. Une dégradation rendrait les emprunts de l’État plus coûteux, aggravant encore le déficit.
La date butoir du 14 octobre approche, moment où le Premier ministre doit présenter son discours de politique générale. Rien ne garantit toutefois qu’un accord sera conclu à temps. Les discussions autour du saut d’index ne font que révéler la fragilité de la coalition et l’équilibre délicat entre rigueur budgétaire et justice sociale.
Entre stimulation économique et pression sur les ménages, le saut d’index cristallise les tensions d’un modèle belge en quête de stabilité. Le gouvernement tente de concilier la compétitivité des entreprises avec la protection du pouvoir d’achat, dans un contexte européen exigeant et une opinion publique méfiante. La décision finale dira si la Belgique choisit la voie du sacrifice social ou celle de l’équilibre économique.








