Les établissements hospitaliers situés à proximité du Luxembourg font face à une difficulté récurrente, à savoir attirer et conserver leur personnel soignant. Le Grand-Duché propose des rémunérations nettement supérieures, une organisation du travail jugée plus avantageuse et une charge de travail souvent allégée. Cette situation accentue la pénurie de professionnels en France et met en difficulté les hôpitaux du Grand Est, qui doivent rivaliser avec un voisin économiquement plus attractif.
Face à ce déséquilibre, la question du financement des hôpitaux français en zone frontalière est posée. Véronique Guillotin a porté un amendement visant à intégrer ces établissements dans le dispositif de coefficient géographique. Ce mécanisme, déjà appliqué en Corse ou en Île-de-France, permettrait d’ajuster les financements pour compenser les contraintes spécifiques des hôpitaux frontaliers. La mesure pourrait offrir des ressources supplémentaires aux établissements concernés, leur permettant ainsi de proposer des conditions plus attractives aux soignants.
Un amendement pour renforcer les hôpitaux frontaliers
L’adoption de cet amendement constitue une avancée pour les établissements hospitaliers du Grand Est, qui subissent de plein fouet la concurrence luxembourgeoise. Selon les explications de Véronique Guillotin relayées par Virgule, l’objectif est de prendre en compte les particularités des hôpitaux en zone frontalière et d’intégrer ces éléments dans le calcul du coefficient géographique. Ce dernier est un multiplicateur utilisé par la Sécurité sociale pour adapter les financements en fonction des spécificités régionales.
Des territoires comme la Corse ou les départements d’outre-mer bénéficient déjà de ce dispositif en raison de leurs coûts d’approvisionnement plus élevés. En Île-de-France, le coefficient géographique compense le niveau de vie plus onéreux. Appliquer ce principe aux hôpitaux frontaliers permettrait d’atténuer les effets de la concurrence luxembourgeoise en apportant un soutien financier aux établissements qui peinent à recruter.
Toutefois, la sénatrice estime que l’application concrète de cette mesure nécessitera encore du travail. Toujours selon le média, elle précise que le périmètre exact des hôpitaux concernés et le taux d’ajustement financier restent à définir. L’enjeu est de déterminer comment ces fonds pourraient être utilisés pour améliorer l’attractivité des établissements, sans distinction entre hôpitaux publics et cliniques privées.
L’exemple belge des primes d’attractivité
D’autres pays ont déjà mis en place des dispositifs pour freiner la fuite de leurs soignants. En Belgique, l’hôpital Vivalia a instauré en 2022 une prime d’attractivité à destination des infirmiers. Ce dispositif visait à renforcer le recrutement en offrant une somme de 7 000 euros nets aux nouveaux employés acceptant de rester au moins trois ans. Relayée par L’Avenir, cette initiative a permis d’attirer du personnel et de limiter les départs vers le Luxembourg.
Depuis son lancement, 234 primes ont été attribuées, dont une majorité à des personnes travaillant pour la première fois au sein de l’établissement. Les hôpitaux d’Arlon, Libramont et Marche figurent parmi ceux ayant le plus bénéficié de ces recrutements. Toutefois, la prime a depuis été revue à la baisse et s’élève désormais à 5 000 euros bruts.
D’autres établissements belges explorent des solutions similaires. À Liège, l’hôpital de la Citadelle a mis en place une prime de 2 000 euros bruts pour inciter ses employés à recruter de nouveaux collègues. Ce type de mesures vise à renforcer l’attractivité des hôpitaux en valorisant le personnel en place et en facilitant l’embauche de nouveaux soignants.
Une transformation nécessaire du système de soins
Si l’ajout d’un coefficient géographique pour les hôpitaux frontaliers pourrait améliorer leur situation financière, la question du manque de soignants reste plus large. Dans le Grand Est, la pénurie de médecins oblige déjà certains patients à se tourner vers le Luxembourg, qui lui-même peine à répondre à la demande croissante de soins.
La liberté d’installation des médecins en France est régulièrement remise en question. Certains plaident pour une régulation plus stricte afin d’éviter une concentration des praticiens dans les grandes villes et les zones côtières au détriment des territoires en tension. Véronique Guillotin estime cependant que le problème dépasse cette seule question. Selon ses déclarations à Virgule, la solution réside davantage dans une transformation globale du système de soins, en adaptant l’organisation du travail aux attentes des nouvelles générations de médecins.
Elle met en avant le modèle des maisons de santé, qui permettent un exercice collectif et mieux structuré, notamment en milieu rural. Elle évoque également la nécessité d’une coopération transfrontalière en matière de formation, qui pourrait aboutir à une gestion plus équilibrée des ressources humaines en santé. Pour l’instant, ces initiatives peinent à susciter l’intérêt du Luxembourg, mais elles pourraient, à terme, réduire la concurrence entre les différents systèmes de soins de la région.








