Feux de forêt : pourquoi l’AdBlue, dispositif antipollution sur les diesels, est dans le viseur des pompiers

Les pompiers alertent sur les limites de l’AdBlue lors des incendies. Ce système antipollution pourrait compliquer certaines interventions.

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AdBlue : le système antipollution qui complique les interventions des pompiers en pleine lutte contre les feux. Crédit : Shutterstock | Econostrum.info

Alors que les pompiers sont mobilisés sur plusieurs incendies en France, certains dénoncent les contraintes liées à l’AdBlue, un dispositif antipollution obligatoire sur de nombreux véhicules diesel. Les professionnels du secours estiment que ce système peut compliquer certaines interventions d’urgence.

L’AdBlue est un liquide utilisé sur les véhicules diesel récents afin de respecter les normes européennes sur les émissions d’oxyde d’azote. Stocké dans un réservoir séparé de celui du carburant, ce mélange composé d’urée et d’eau déminéralisée intervient dans le système de traitement des gaz d’échappement.

Une réaction chimique transforme une partie des polluants en substances moins nocives, principalement de l’azote et de la vapeur d’eau. Ce dispositif équipe aujourd’hui une grande partie des véhicules diesel, notamment les poids lourds et certains véhicules professionnels.

Les pompiers dénoncent des contraintes en intervention

Le problème soulevé par les sapeurs-pompiers concerne le fonctionnement du système en situation d’urgence. Lorsque le réservoir d’AdBlue est vide ou qu’une panne est détectée, certains véhicules peuvent perdre de la puissance ou empêcher un redémarrage après un arrêt.

Pour les pompiers engagés sur des feux de forêt, cette situation peut entraîner une immobilisation temporaire du véhicule. Les équipes doivent alors quitter la zone d’intervention pour effectuer une remise à niveau du liquide ou régler un problème technique. Selon les pompiers, cette contrainte réduit les moyens disponibles sur le terrain pendant des opérations où chaque minute compte.

Un système jugé inadapté aux véhicules de secours

Pour Raphaël Thillaye du Boullay, lieutenant-colonel membre du comité fédéral de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France (FNSPS), l’AdBlue a été conçu principalement pour les véhicules parcourant de longues distances. « Les véhicules d’incendie et de secours ne roulent pas beaucoup, en moyenne entre 3 000 et 4 000 km par an », explique-t-il à BFM.

À l’inverse, certains poids lourds utilisés dans l’industrie parcourent plusieurs centaines de milliers de kilomètres. Les pompiers estiment donc que les contraintes techniques liées à ce système ne correspondent pas toujours aux conditions particulières de leurs missions. La députée socialiste de Gironde Pascale Got a également alerté le gouvernement sur les difficultés rencontrées par les services de secours avec l’AdBlue.

Elle demande l’ouverture de discussions avec les autorités européennes afin d’obtenir une dérogation spécifique pour les véhicules d’incendie et de secours ou des adaptations techniques. Les pompiers souhaitent aussi bénéficier d’aménagements concernant d’autres normes européennes applicables aux véhicules récents.

D’autres équipements de sécurité dans le viseur

Au-delà de l’AdBlue, les sapeurs-pompiers critiquent certaines obligations issues du règlement européen GSR2, qui impose depuis 2024 de nouveaux équipements de sécurité sur les véhicules neufs. Raphaël Thillaye du Boullay cite notamment les systèmes d’évitement de collision avec les piétons. Selon lui, ces dispositifs peuvent parfois interpréter un obstacle naturel, comme un arbre en forêt, comme une présence humaine et provoquer un arrêt automatique du véhicule.

Pour les pompiers, ces interruptions peuvent compliquer les déplacements dans des zones touchées par les incendies et ralentir certaines manœuvres d’urgence. Les autorités devront désormais examiner ces demandes afin de trouver un équilibre entre les objectifs de réduction de la pollution, la sécurité routière et les contraintes spécifiques des véhicules de secours.

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