« Des investisseurs jouent avec les risques » : l’autre cause de la hausse des carburants, selon Mobilians

Les professionnels identifient plusieurs facteurs qui alimentent la nouvelle flambée des prix des carburants.

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Carburants
« Des investisseurs jouent avec les risques » : l'autre cause de la hausse des carburants, selon Mobilians - Crédit : Canva | Econostrum.info

Les prix des carburants poursuivent leur remontée en France. Le SP95-E10 a de nouveau franchi le seuil symbolique des 2 euros le litre en moyenne, quelques jours après le gazole, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et sur les marchés pétroliers. Selon les professionnels du secteur, plusieurs facteurs se cumulent et entretiennent cette flambée, tandis que les prévisions sur l’évolution des prix restent particulièrement incertaines.

Lundi 20 juillet, le SP95-E10 s’affichait à 2,005 euros le litre en moyenne en France métropolitaine, sur la base des données gouvernementales portant sur 7 255 stations-service. En une semaine, son prix a progressé de 6,8 centimes, soit une hausse de 3,5 %. Le gazole, de son côté, atteignait 2,105 euros le litre en moyenne dans 9 478 stations, en hausse de 12,1 centimes sur sept jours (+6 %). Le SP98 suivait la même tendance avec un prix moyen de 2,090 euros le litre.

Le pétrole, le dollar et les tensions géopolitiques alimentent la hausse des carburants

Invité de franceinfo, Francis Pousse, président national de la branche Distributeurs Carburants et Énergies Nouvelles du syndicat Mobilians, explique cette envolée par plusieurs facteurs simultanés.

Le premier concerne le marché pétrolier mondial. « Le fameux baril de pétrole qui a augmenté, il a tutoyé il y a quelques jours les 90 dollars », rappelle-t-il. Les tensions persistantes au Moyen-Orient, notamment autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite une part importante du pétrole mondial, entretiennent les craintes sur l’approvisionnement et poussent les cours à la hausse. Le Brent a effectivement franchi le seuil des 90 dollars ces derniers jours.

À cela s’ajoute un facteur monétaire. « On a un euro qui s’affaiblit légèrement donc ça ne nous aide pas puisqu’on achète en dollars », souligne Francis Pousse. Le pétrole étant négocié en devise américaine, un euro moins fort augmente mécaniquement le coût des importations pour les pays de la zone euro.

Le responsable de Mobilians évoque également les conséquences de la décision de la Russie de suspendre certaines exportations de gazole. « Les pays type l’Inde par exemple qui s’approvisionnaient en gasoil russe sont obligés de venir chercher sur notre marché et ça, ça fait monter la cotation à Rotterdam du produit fini diesel », explique-t-il.

Enfin, Francis Pousse estime que les marchés financiers accentuent les mouvements de prix. Selon lui, le blocage exercé par les Houthis en mer Rouge « fait encore une source d’inquiétudes de plus et donc potentiellement augmenter le cours du baril puisque derrière, on a des investisseurs qui jouent avec les risques, les tensions ».

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Les cours du pétrole le mardi 21 juillet aux alentours de 15 heures. Crédit : Prixdubaril.com

Des prévisions très incertaines pour les automobilistes

Face à cette accumulation de facteurs, les professionnels refusent de s’avancer sur une évolution des prix dans les prochaines semaines. Francis Pousse rappelle que « les quatre mois qu’on a vécus nous montrent qu’on a eu des poussées puis des redescentes » et estime que « les prévisions sont impossibles à faire ».

Les données publiées par le ministère de l’Économie montrent en effet que les prix à la pompe restent extrêmement sensibles à l’évolution du contexte international, qu’il s’agisse des tensions militaires, des décisions des grands pays producteurs ou des fluctuations du marché des changes.

Le président de la branche Distributeurs Carburants et Énergies Nouvelles de Mobilians rejette par ailleurs l’idée selon laquelle les stations-service profiteraient de cette hausse. « En station-service, on n’a pas d’autre choix que d’appliquer la hausse puisque je rappelle que nos marges sont très contraintes à 3 centimes net, et c’est quelque chose qu’on n’apprécie pas non plus puisque, plus le carburant est élevé, moins on a de chance d’en vendre », affirme-t-il. Il rappelle également qu’« il y a un contrôle des marges toutes les semaines par la DGCCRF ».

Dans ce contexte, les automobilistes restent confrontés à une forte volatilité des prix, alors que les incertitudes géopolitiques continuent d’alimenter les marchés pétroliers et que les professionnels eux-mêmes jugent impossible d’anticiper l’évolution des tarifs à court terme.

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