La couleuvre fer-à-cheval (Hemorrhois hippocrepis) se multiplie sur l’île d’Ibiza, dans l’archipel des Baléares, après avoir été introduite au début des années 2000 via l’importation d’oliviers.
Cette espèce invasive dépasse rarement 1,8 mètre, mais certains spécimens dépassent les deux mètres. Elle est inoffensive pour l’être humain, mais représente une menace pour les lézards des Pityuses, également appelés lézards des murailles d’Ibiza, qui sont devenus « menacés » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature depuis octobre 2022.
Depuis 2016, plus de 12 000 serpents ont été abattus par des chercheurs, mais l’espèce continue de se répandre sur l’île d’Ibiza. En avril 2024, lors d’une campagne pour la nidification des oiseaux marins, des biologistes ont filmé un serpent nageant vers l’îlot de Santa Eulària, situé à 430 mètres au large. Le même jour, un autre serpent a été capturé sur cet îlot de quatre hectares. Entre avril 2024 et mai 2025, 58 serpents ont été capturés lors de 13 visites, par pièges ou directement à la main.
« Les témoignages de pêcheurs et de touristes faisant état de serpents nageant se multipliaient, ce qui nous laissait penser que le phénomène était fréquent », explique Oriol Lapiedra, biologiste au Centre de recherche écologique et d’applications forestières (Creaf) en Catalogne, au Guardian. Ces observations confirment que les serpents peuvent atteindre les îlots voisins, alors que l’on pensait auparavant que ces zones isolées étaient protégées.
Impact sur la biodiversité et les vacanciers à Ibiza
Les recensements des lézards permettent de mesurer l’impact de l’espèce invasive. Sur l’îlot de Santa Eulària, 72 lézards avaient été comptés en 2016, mais entre octobre 2023 et mai 2025, aucun n’a été observé. Sur l’îlot voisin de s’Or, les lézards ont disparu dès 2018. Selon les chercheurs, 77 % des serpents nageurs ont été observés à moins de 200 mètres du rivage, « ne semblant pas être liées à des conditions météorologiques difficiles ». La nage des serpents est probablement liée à une dispersion depuis des zones côtières déjà envahies.
Les serpents peuvent entraîner la disparition d’espèces locales, comme sur la Grande Canarie ou l’île de Guam, et provoquer des effets en cascade sur l’écosystème, en perturbant la dispersion des graines et la régulation des populations d’insectes. Les lézards sont toutefois mieux protégés en milieu urbain, où ils sont moins exposés aux serpents grâce à l’activité humaine.
Pour les vacanciers, ces observations de serpents nageurs peuvent surprendre et susciter des inquiétudes. Leur présence le long des côtes et sur certains îlots peut être observée lors d’activités de baignade ou de randonnée, mais les biologistes insistent sur le fait que l’espèce reste inoffensive pour l’homme. Les chercheurs soulignent l’importance d’une surveillance continue pour suivre la propagation de cette espèce et ses effets sur la biodiversité locale.








