Alors que les partenaires sociaux s’apprêtent à rouvrir les négociations sur la réforme des retraites, la CPME avance une proposition qui ne manque pas de faire réagir. Son idée : travailler trois jours fériés par an pour se constituer une épargne retraite individuelle. Une solution qui vise à pallier les déséquilibres démographiques, mais qui soulève également de nombreuses questions.
Le président de la CPME, Amir Reza-Tofighi, a présenté cette proposition lors d’une interview sur Sud Radio. Selon lui, le système actuel de retraite par répartition, où les cotisations des actifs financent les pensions des retraités, est mis à rude épreuve par plusieurs facteurs démographiques préoccupants.
Il rappelle que la baisse de la natalité, l’allongement de l’espérance de vie et la diminution du rapport entre actifs et retraités rendent nécessaire une réforme de long terme. « Je souhaite qu’on parle des cinquante prochaines années. » affirme-t-il, insistant sur la nécessité d’ajouter un volet d’épargne individuelle au modèle existant.
Trois jours fériés travaillés pour constituer une retraite complémentaire
Concrètement, la CPME propose que trois jours fériés soient travaillés chaque année, mais sans figurer sur la fiche de paie. Le salaire correspondant serait directement versé sur un compte personnel d’épargne retraite, appartenant au salarié et destiné à compléter ses futurs revenus à la retraite.
« Nous proposons de mettre trois jours fériés travaillés par les collaborateurs, pas sur leur fiche de paie mais sur un compte qui leur appartient », selon les dires d’Amir Reza-Tofighi rapportés par BFMTV. Il ajoute que la CPME reste « ouverte à d’autres propositions », laissant entendre que cette idée pourrait être ajustée selon les négociations en cours.
Un débat relancé sur la capitalisation dans les retraites
Cette proposition marque une volonté d’introduire une dimension de capitalisation dans un système actuellement fondé sur la répartition. En clair, il ne s’agirait plus uniquement de cotiser pour financer les pensions des retraités actuels, mais aussi de mettre de l’argent de côté pour soi-même.
Ce type de modèle, déjà en place dans certains pays comme les États-Unis ou la Suède, est souvent critiqué pour ses risques liés aux marchés financiers. En France, l’idée d’épargne retraite individuelle existe déjà sous forme de PER (Plan d’Épargne Retraite), mais elle reste facultative et repose sur une démarche volontaire. Avec cette réforme, la CPME propose un mécanisme obligatoire pour compléter le régime général.
Si cette initiative vise à garantir un complément de revenu aux futurs retraités, elle ne fait pas l’unanimité. Plusieurs syndicats pourraient y voir une remise en cause des acquis sociaux, notamment le principe des jours fériés chômés et payés. D’autres experts soulignent que cette mesure risque de creuser les inégalités, car tous les salariés ne sont pas logés à la même enseigne en matière de rémunération et de conditions de travail.
Enfin, la question de la gestion de cette épargne reste floue : qui administrera ces comptes retraite ? Les salariés auront-ils une liberté de gestion sur ces fonds ? Autant d’interrogations qui devront être précisées dans les prochaines semaines, alors que le gouvernement encourage un dialogue ouvert sur l’avenir des retraites.