La présidente de la Confédération Karin Keller-Sutter et le vice-président Guy Parmelin se sont rendus à Washington afin de défendre les intérêts suisses face à une menace de taxes douanières américaines pouvant atteindre 31 %. Dans ce contexte tendu, les discussions sont cruciales pour éviter une dégradation des relations commerciales entre les deux pays.
Alors que certains acteurs économiques suisses s’alarment de l’ampleur possible des pertes, d’autres adoptent une vision plus mesurée. Les évaluations restent incertaines, mais les enjeux sont considérables pour les entreprises exportatrices, les caisses de pension et la Banque nationale suisse, rapporte Blick.
De lourdes pertes potentielles pour l’économie suisse
L’ancien président du Parti socialiste, Peter Bodenmann, a estimé dans la Weltwoche que les pertes pour la Suisse pourraient atteindre jusqu’à 70 milliards de francs, combinant des pertes de 25 milliards pour la Banque nationale suisse et de 35 milliards pour les caisses de pension. Selon ses projections, les taxes sur les produits suisses pourraient rapporter au moins 10 milliards de francs aux États-Unis.
Les exportations suisses sont déjà soumises à une taxe de 10 %, avec des surtaxes atteignant 20 % sur l’aluminium et l’acier, et 25 % sur les pièces automobiles. Le média helvétique rappelle que l’administration Trump a officialisé un délai de 90 jours avant la mise en œuvre des nouvelles mesures, mais la menace reste bien présente.
Le Secrétariat d’État à l’économie (Seco) a souligné que toute évaluation de l’impact comportait un degré élevé d’incertitude, illustrant la difficulté à prédire les conséquences exactes de ces taxes sur le tissu économique suisse.
Un optimisme mesuré face aux évaluations alarmistes
Daniel Kalt, économiste en chef chez UBS, relativise ces prévisions inquiétantes en estimant les coûts annuels pour la Suisse à environ 3,2 milliards de francs, comme il l’a déclaré à la source. Selon lui, près de 40 % des exportations suisses pourraient échapper aux nouvelles taxes, et des marchandises d’une valeur de 32 milliards de francs resteraient soumises au taux actuel de 10 %.
L’économiste rappelle que l’administration Trump utilise régulièrement la stratégie de « pression maximale » pour obtenir des concessions commerciales, mais que cette approche a déjà causé des dommages économiques notables. Kalt se montre néanmoins confiant quant à la capacité de la Suisse à obtenir des assouplissements lors des négociations.
Le média suisse souligne également que le style politique de Trump, basé sur la confrontation économique, pourrait rendre les discussions à Washington particulièrement complexes pour les représentants suisses.
Les investissements suisses comme levier de négociation
Face aux menaces de sanctions commerciales, la Suisse mise sur des investissements massifs aux États-Unis pour tenter d’apaiser les tensions. Selon la NZZ, la Suisse prévoit jusqu’à 150 milliards de francs d’investissements sur quatre ans, un signal fort adressé à l’administration américaine.
Parmi les annonces majeures, Roche a dévoilé un projet d’investissement de 50 milliards de dollars, tandis que Novartis prévoit 23 milliards et Stadler Rail investira 70 millions de dollars pour agrandir son usine américaine. Ces engagements financiers devraient séduire Donald Trump, friand des annonces de créations d’emplois et d’investissements étrangers sur le sol américain.
Parallèlement, le Conseil fédéral a décidé que les entreprises suisses affectées par les nouveaux droits de douane pourraient recourir au chômage partiel, une mesure saluée par Swissmem, l’association de l’industrie technologique suisse.








